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La fièvre monte autour des ratés de l’Agence du médicament

Challengesjeudi 12 janvier 2017
Le directeur général de l’ANSM, Dominique Martin, censé être autonome, est en fait sous tutelle ministérielle.
Garo Phanie/AFP
Décidément, le poste de directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) n’est pas une sinécure. Alors que les crises sanitaires se succèdent – Dépakine, essai clinique mortel de Rennes, Uvestérol D –, son directeur général, Dominique Martin, essuie un feu nourri de critiques, même en son sein.
Le député PS Gérard Bapt, siégeant au conseil de l’agence, en dénonce le manque de réactivité et de transparence.
P. Pavani/AFP
Cette semaine, le député PS Gérard Bapt, seul parlementaire à siéger au conseil, a appelé l’agence à suspendre la commercialisation de l’Uvestérol D, après le décès d’un nouveau-né, et s’est dit « sidéré par le manque de réactivité et de transparence » de l’ANSM.
Entre le député de Haute-Garonne et le patron de l’ANSM, les relations se sont dégradées l’été dernier, dans le contexte très sensible de l’affaire de la Dépakine, cet antiépileptique responsable de malformations et de troubles neurodéveloppementaux chez les enfants nés de mères traitées par ce médicament. « J’avais demandé une étude pharmacoépidémiologique et l’ANSM devait me présenter les résultats en juillet, gronde le député. J’ai appris trois semaines plus tard, dans Le Canard enchaîné, que les résultats de cette étude seraient révélés à l’Apesac [l’association des victimes de cet anti-convulsif] sur une décision de la ministre. Très désagréable. »
Hémorragie de compétences
L’escarmouche traduit en fait un problème souligné par de nombreux observateurs : censée être indépendante de la tutelle politique du ministère de la Santé, l’ANSM n’a de facto aucune autonomie. Depuis deux ans, toutes les décisions importantes, comme la création du fonds Dépakine ou l’arrêt de la commercialisation de l’Uvestérol, ont été annoncées par la ministre Marisol Touraine. Médecin, énarque, ancien directeur de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam), Dominique Martin semble condamné au silence.
Plus foncièrement, les déclarations du député révèlent aussi le profond malaise qui règne dans cette agence, construite sur les ruines de l’Afssaps, après le scandale du Mediator. Chichement dotée en moyens, fonctionnant en vase clos, elle connaît une véritable hémorragie de compétences. L’organisation mise en place par le prédécesseur de Dominique Martin serait en cause. D’ailleurs, Gérard Bapt ne doute pas des compétences de Dominique Martin. « Ce n’est pas un problème d’homme », estime-t-il, mais plutôt de fonctionnement. Il manquerait, estime le député, « un poste équivalent à celui d’un urgentiste, capable d’alerter le directeur général en cas de problème grave ». Pour un haut fonctionnaire proche du dossier, « diriger l’Agence du médicament, c’est faire partie des derniers parachutés de Diên Biên Phu ». Interrogé par Challenges, l’intéressé n’a pas souhaité s’exprimer. Delphine Déchaux
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir