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De l’infl uence du tweet sur le made in USA

ChallengesA.-M. R. et Lamia Oualalou (à Mexico)
Dans une usine Ford, à Claycomo (Missouri), en mars 2015. Le constructeur vient de renoncer à construire une nouvelle usine au Mexique.
Charlie Riedel/AP/Sipa
Volte-face de Ford, investissements aux Etats-Unis annoncés par Fiat-Chrysler, Volkswagen et Toyota… Depuis début janvier, les menaces protectionnistes de Donald Trump ont déjà porté leurs fruits.
Après Ford et General Motors, c’est un constructeur japonais que Donald Trump a stigmatisé, en 140 signes bien sentis. « Toyota Motors a dit vouloir construire une nouvelle usine à Baja au Mexique, pour produire des Corolla à destination du marché américain, a-t-il twitté le 5 janvier. PAS QUESTION ! Construisez cette usine aux Etats- Unis ou payez une taxe importante à la frontière. » Une interpellation qui a fait chuter de 3 % l’action du numéro un mondial de l’automobile.
De quoi planter le décor avant l’investiture d’un président qui a promis de faire revenir l’emploi industriel sur le sol américain, et de réécrire l’Aléna, l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique noué depuis 1994.
Gesticulation ou coup d’envoi d’une politique protectionniste dure ? Le président élu revendique comme un succès personnel le renoncement de Ford à la construction d’une usine au Mexique, pour 1,6 milliard de dollars. Dans la foulée, Fiat-Chrysler et Volkswagen ont annoncé de nouveaux investissements aux Etats-
Unis plutôt que chez le voisin du sud, alors que s’ouvrait le 9 janvier le Salon de Detroit. Et Toyota a indiqué qu’il consacrerait 10 milliards de dollars en cinq ans à ses usines américaines...comme au cours de ces cinq dernières années.
A Mexico, la décision de Ford a fait l’effet d’une bombe, provoquant l’effondrement de la devise locale à 21 pesos pour un dollar, un record. A San Luis Potosi, où Ford devait s’installer, le gouverneur a exigé le remboursement des investissements faits en amont par les autorités. « Cette très mauvaise nouvelle est le résultat de la pression du président élu des Etats-Unis », s’est désolé Jaime Chalita Zarur, le président du patronat local.
La volte-face de Ford n’enlève pas au Mexique son statut de puissance automobile – 3,4 millions de véhicules produits en 2016, et 5,1 millions prévus pour 2020. Mais vingt ans d’Aléna ont placé le Mexique en situation de dépendance. Les Etats- Unis absorbent 80% de ses exportations, et sont à l’origine de la moitié des investissements directs. Or Donald Trump veut non seulement renégocier l’accord, mais aussi taxer les transferts de devises des 35 millions de Mexicains installés aux Etats-Unis, pour financer la construction d’un mur entre les deux pays. En urgence, le président Enrique Peña Nieto vient d’attribuer le portefeuille des affaires étrangères à Luis Videgaray, un proche de la future administration américaine, pour tenter d’amadouer Trump.
Promesse de baisses d’impôts
Face à ce tumulte, les multinationales restent zen. « Nous allons suivre avec attention les décisions et mouvements du président américain », a déclaré le PDG de Toyota, Akio Toyoda. « Nous sommes pragmatiques, nous nous adapterons à n’importe quelle situation, à la condition que ce soit la même règle pour tous », a indiqué Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan, à Las Vegas. « Je ne suis pas inquiet sur le moyen terme, tant les relations Etats-Unis-Mexique dans l’automobile et la chaîne de valeur sont totalement interconnectées », confie le patron d’un important fournisseur de l’automobile pour qui « le Mexique resterait ultracompétitif », même avec des droits de douane à 35%.
Le vrai changement serait plutôt la baisse du taux d’imposition des sociétés à 15 % promise par Trump, qui « ferait des Etats-Unis la nouvelle Irlande », souligne David Dollar, consultant à la Banque mondiale, dans une analyse publiée par la Brookings Institution. Une bonne nouvelle qui méritait peut-être un geste de la part de Bill Ford, le président du constructeur, que Donald Trump a appelé en novembre.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir