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Des conflits d’intérêt en perspective

Challengesjeudi 12 janvier 2017
La loi n’interdit pas au président américain de mêler activité publique et patrimoine privé. Mais, dans les faits, le mélange des genres risque de vite se transformer en casse-tête politique.
L’hôtel Four Seasons, à Washington ? Comme chaque année, c’était le choix des diplomates koweïtiens pour célébrer leur fête nationale. Un contrat avait même été signé. Mais après la victoire de Donald Trump, tout change : des membres non-identifiés de la Trump Organization contactent l’ambassadeur du Koweït et lui conseillent de choisir un hôtel épatant, qui vient tout juste d’ouvrir à deux pas de la Maison- Blanche : le Trump Hotel...
Aussitôt dit, aussitôt fait ! Depuis le 8 novembre, l’ancienne Poste du 1 100 Pennsylvania Avenue a trouvé un charme nouveau aux yeux des délégations diplomatiques...
S’il fallait une illustration des problèmes que posent les biens de Donald Trump, ce serait ce bâtiment postal majestueux : il reste la propriété d’une agence gouvernementale dont le président Trump nommera le directeur, et tout conflit potentiel avec les syndicats sera arbitré par une autre agence publique, elle aussi placée sous l’autorité du président. Pour compliquer le tout, le contrat de leasing du bâtiment précise qu’« aucun officiel élu du gouvernement des Etats-Unis (...) ne pourra tirer le moindre bénéfice » de ce contrat.
Personne, à part le nouveau président et ses proches, ne sait quelle est la taille exacte de l’empire Trump. Il faudrait pour cela qu’il accepte de publier sa déclaration d’impôt. Trump lui-même se vante d’être à la tête d’un empire international de 144 compagnies, présentes dans 25 pays. Mais dans certains cas il est propriétaire à 100% et dans d’autres il ne fait que concéder le droit d’exploiter la « marque » Trump. De plus, certaines de ses sociétés sont lourdement endettées. Des observateurs vont jusqu’à mettre en doute son statut de milliardaire, ce qui a le don de faire enrager l’intéressé.
Avis du gendre sur le cabinet
Le président élu a promis de confier la gestion de ses affaires aux trois enfants de son premier mariage, Donald Jr., Ivanka et Eric, qui occupent déjà de grosses responsabilités dans le groupe familial. Il n’y est pas formellement obligé : le président et le vice-président des Etats- Unis ne sont pas tenus par la loi d’éviter un conflit d’intérêt entre leur activité publique et leur patrimoine privé, même si la Constitution interdit à tout responsable politique d’accepter le moindre « émolument » d’une puissance étrangère. Dans les faits, le mélange des genres risque de se transformer rapidement en casse-tête politique, et tous les présidents confrontés à une telle situation ont pris soin de construire une « muraille de Chine », le plus souvent en confiant leur fortune à un blind trust (« trust aveugle »), qui gère leur patrimoine de façon totalement indépendante, sans les en tenir informés. De toute évidence, ce ne sera pas le cas avec Donald Trump. Depuis son élection, il a déjà reçu des partenaires d’affaires avec qui il a discuté business, tandis que ses enfants et son gendre, Jared Kushner, nommé conseiller spécial du président le 9 janvier, prenaient une part très active aux préparatifs du président-élu. Du jamais-vu à Washington. Philippe Boulet-Gercourt (correspondant à New York)
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir