Dossier

Se distinguer sur les réseaux sociaux

Challengesjeudi 12 janvier 2017
LinkedIn, YouTube, Twitter, Snapchat... La recherche d’emploi passe désormais par Internet, où chacun doit se forger une identité numérique.
Etudiante en master à Audencia SciencesCom, Charlotte Rozé, 21 ans, cherchait un stage en mars 2016. Passionnée de communication digitale, elle jette son dévolu sur une agence parisienne dont c’est la spécialité : « J’ai fait beaucoup de recherches et réfléchi à plusieurs stratégies pour les contacter. » Très active sur Twitter et Facebook, l’agence vient d’ouvrir un compte sur Snapchat. Charlotte y poste son CV vidéo tout en relayant l’information sur Twitter et Youtube. Et si elle a trouvé un stage dans une autre agence, grâce à un simple CV envoyé par mail, Charlotte a créé le buzz, étoffé son réseau et gagné une certaine notoriété.
Sa démarche comportait tous les ingrédients gagnants d’une stratégie digitale de recherche d’emploi : trouver de l’information, gérer son image et sa visibilité, être active, se montrer curieuse, voire audacieuse. En un mot, être un chercheur actif. « Ce qui fait la différence, c’est l’énergie mise dans la démarche, souligne Jean-Christophe Anna, directeur général de #rmstouch, société innovante dans le recrutement. Sur les réseaux sociaux comme ailleurs, c’est l’état d’esprit qui prime : subir ou prendre en main son destin. »
Composer sa vitrine
Il faut aussi travailler son profil LinkedIn. Avec ses 12,8 millions d’utilisateurs revendiqués en France, ce réseau est incontournable. « La grande majorité des cadres ont un compte, confirme François Cousin, consultant Apec et animateur de communautés Web. Le premier réflexe d’un recruteur est de regarder le profil LinkedIn. » Bien plus qu’un simple CV en ligne, ce profil dessine son portrait professionnel mais aussi personnel. Très facilement accessible, il est consultable par tous : recruteurs, futurs employeurs, collègues... Autant de raisons pour le rédiger avec soin. « Si la photo n’est pas obligatoire sur un CV, précise Jean-Christophe Anna, sur LinkedIn, son absence est discriminante. » Selon le réseau social, une photo génère sept fois plus de visites. A condition de bannir photo de vacances recadrée et selfie.
Expérience, parcours, formation : si tous les ingrédients du CV figurent sur le profil, d’autres informations, essentielles, donnent vie au candidat : ses compétences, les organisations dans lesquelles il s’investit, les causes qui lui tiennent à coeur, les posts publiés ou les contenus partagés. Car si les entreprises travaillent aujourd’hui leur marque employeur, rien n’empêche les chercheurs d’emploi de reprendre ces pratiques à leur compte. « Ils doivent raconter qui ils sont, indique Thierry Roger, en mettant en avant, par exemple, leur participation à des associations. » Un travail de fond qui prend du temps. « Chaque candidat doit se concevoir comme une marque, composée de son identité numérique (ce qu’il publie) et de son e-réputation (ce qu’on publie sur lui), complète Jean-Christophe Anna. Il maîtrise la première, pas la seconde. » Au candidat de faire fructifier sa marque en prenant le contrôle des résultats sur Google. Organiser les liens entre les différents réseaux sociaux (CV sur DoYouBuzz, Twitter, LinkedIn...) optimise le référencement, et donc la visibilité. L’harmonisation des profils peut multiplier par trois ou quatre une présence sur Internet. Sur le Web, le gagnant est celui qui raisonne en mots-clés et référencement. « La plupart des recruteurs entrent sur les profils en faisant une recherche par mots-clés, par exemple directeur digital e-commerce luxe, explique Jacques Froissant, fondateur d’Altaïde, cabinet de recrutement digital. Il faut en mettre dans le titre, et ne pas hésiter à préciser les sujets et les secteurs d’activité. » Erreur à éviter : un titre banal comme directeur marketing.
Une recherche d’emploi doit être accompagnée d’une véritable stratégie digitale : publier des articles sur LinkedIn, mener une veille active, utiliser les hashtags de recherche d’emploi de Twitter, comme #I4emploi... » STÉPHANIE FLORENTIN, PDG d’Edgar People
Twitter permet de faire de la veille, on peut s’abonner à des sources d’info liées à son métier. Et il est incontournable pour trouver des offres d’emploi. » FRANÇOIS COUSIN, consultant pour l’Apec.
Même exigence pour le résumé. « Se mettre à la place d’un recruteur permet de se poser les bonnes questions, insiste Stéphanie Florentin, PDG d’Edgar People, cabinet de recrutement digital. Quelles sont les informations fondamentales? Figurent- elles sur le profil? » « Quand un profil nous intéresse, nous commençons par le suivre, par exemple sur Twitter, pour observer ses réactions », raconte Thierry Roger, directeur de l’espace emploi de Carrefour France. Enfin, il est parfois utile de faire remonter certaines formations à mettre en valeur. « Il suffit de créer, dans la rubrique formation, une ligne supplémentaire », conseille Hervé Bommelaer, associé à Enjeux Dirigeants.
Clarifier son réseau
Reste qu’un profil LinkedIn n’est rien sans le réseau qui va avec. Dans un monde idéal, celui-ci se construit bien avant la recherche d’emploi. « Dans les ateliers que j’anime en école d’ingénieurs, je conseille aux étudiants de se construire un réseau très en amont, explique David Sankar, responsable recrutement digital à la DRH de Renault. Cette démarche permet de recueillir des informations décisives pour se positionner sur les secteurs et entreprises qui les intéressent. »
La stratégie gagnante ? Utiliser les réseaux sociaux pour identifier les gens susceptibles d’aider à clarifier son projet professionnel. « Je reçois toujours les personnes qui me sollicitent sur LinkedIn pour parler de leur projet, encore plus quand elles cherchent un job, confirme ce cadre dirigeant d’une entreprise publique. Lorsque j’ai été au chômage, j’ai moi-même bénéficié de ces mises en relation. » Le réseau doit faire sens, être qualitatif et sélectionné, et avoir une cohérence par rapport au projet professionnel.
Bon à savoir : l’abonnement payant Premium de LinkedIn permet de contacter, via les InMails, des cadres plus difficiles d’accès. « Il ne faut pas hésiter à solliciter quelqu’un en lui disant “j’ai repéré votre profil, je voudrais vous rencontrer pour parler de votre métier” », insiste François Cousin. Mais sans espérer directement un emploi, car cela ne marche pas. In fine, la présence digitale renforce l’employabilité : plus on est vu, plus on est reconnu. Véronique Pierré
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir