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Business cherche second souffle

Challengesjeudi 12 janvier 2017
Loin d’être un géant, Trump Inc. est une affaire immobilière vieillissante et centrée sur New York. Les enfants du président pourraient la réorienter.
La nouvelle tour Trump à Mumbai ressemble à n’importe quel autre chantier, mais les publicités vendent un rêve : une structure dorée qui s’envole jusqu’au ciel à côté d’une photo de Donald Trump. Ce dernier, assure-ton aux résidents potentiels, est l’étalon- or planétaire, un homme d’affaires sans égal, qui décroche des contrats dans les principales villes du monde, et qui incarne le rêve américain.
Un magnat mondial ? La légende est construite de toutes pièces. Pourtant, l’opinion soupçonne et s’indigne déjà que la Trump Organization soit en passe de devenir un réseau mondial de copinage. L’Amérique a été abreuvée de reportages sur des projets à plusieurs milliards de dollars tout autour du globe, de photos de Trump serrant la main à d’autres hommes d’affaires, et d’images exotiques, avec des buildings Trump, tels des monuments qui témoigneraient du délabrement de l’éthique américaine.
Economiste de centre gauche, Paul Krugman a émis l’hypothèse que la famille Trump pourrait engranger 10 milliards de dollars pendant que son patriarche est aux affaires. Compte tenu des méthodes non conventionnelles du président élu, il est trop tôt pour dire si cette prédiction peut se réaliser. Mais prendre la mesure du risque nécessite un avis sérieux sur son groupe. Or, loin d’être un géant mondial, c’est une petite affaire immobilière vieillissante et centrée sur les Etats-Unis. Si les membres de la famille Trump ont l’intention de doubler leur fortune durant les quatre ans qui viennent, il leur faudra réinventer une entreprise plutôt médiocre.
Il est même possible que ce soit sa faiblesse plutôt que son potentiel qui pousse Donald Trump à faire tomber les barrières entre la politique et les affaires.
Les informations dont on dispose sur la Trump Organization se limitent aux déclarations exigées par la procédure électorale. The Economist a agrégé les données financières de 170 entités de diverse nature, en se basant sur leurs déclarations de 2015, et en ajoutant dans certains cas nos propres estimations ou celles d’experts extérieurs. Au total, Trump Inc. vaut probablement un peu plus de 4 milliards de dollars, pour un chiffre d’affaires annuel de 490 millions.
Si elle était cotée, elle ne serait que la 833e société américaine par sa capitalisation et la 1925e par ses ventes. D’autres titulaires ou prétendants à des postes politiques importants, comme Nelson Rockefeller, Ross Perot, Mitt Romney et Michael Bloomberg, ont possédé et dirigé des firmes bien plus puissantes. Les quatre-cinquièmes de cette valeur reposent sur de l’immobilier résidentiel ou commercial, y compris des terrains de golf. Et la moitié de la valeur totale de la Trump Organization se concentre sur cinq buildings : la Tour Trump et deux autres bâtiments de Manhattan, ainsi que deux participations minoritaires dans des immeubles de bureaux à New York et à San Francisco, que contrôle un autre groupe immobilier, Vornado.
Industrie hôtelière saturée
Quant aux activités de marque et de licence, elles sont dérisoires et ne génèrent que 11 à 13 % de la valeur totale. Le groupe est concentré à 93 % aux Etats-Unis et à 66 % à New York, et la création des meilleurs actifs remonte à plus de dix ans. Malgré l’ouverture récente d’un hôtel à Washington DC, il sera difficile de lancer une nouvelle vague d’hôtels, de golfs et de gratte-ciel. Après une croissance annuelle de 9% pendant cinq ans, l’immobilier new-yorkais est à l’arrêt, l’industrie hôtelière est saturée et les banques deviennent frileuses.
Cela pourrait conduire le groupe à s’orienter vers des activités moins gourmandes en capital, à destination du grand public. Ivanka, l’une des filles de Donald Trump, dirige une marque de mode et de bijouterie. Si ses enfants reprennent en main le groupe, comme il le propose, ils pourraient avoir envie d’explorer de nouveaux territoires. Mais la valeur de l’ensemble augmentera-t-elle ? Plutôt que la recherche du profit, c’est le risque d’une baisse ou d’une stagnation de la fortune familiale qui risque de distraire l’attention du nouveau leader de l’Amérique.©The Economist, London 2016
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir