Dossier

316 000 emplois à saisir

Challengesjeudi 12 janvier 2017
Le marché du travail s’installe dans le vert en 2017. Une dynamique visible dans notre classement des entreprises qui recrutent, avec 16 000 postes de plus qu’en 2016. Jeunes et cadres en profitent.
Ebauchée en 2015, confirmée en 2016, la reprise des recrutements devrait se poursuivre en 2017. Ni la prudence de l’Insee tablant sur une augmentation du PIB proche de celle de 2016 – soit 1,2 % –, ni les conséquences du Brexit, ni même la perspective des élections présidentielle et législatives ne tempèrent l’optimisme des experts. Non sans raison : « La croissance reste faible mais robuste et se traduit par des créations d’emplois », souligne Ahu Yildirmaz, responsable du département recherche d’ADP, société de services RH. Selon son dernier rapport, 122 200 emplois ont été créés dans l’Hexagone entre novembre 2015 et novembre 2016. « Et si les départs à la retraite des baby-boomeurs commencent un peu à se tasser, note Fabrice Coudray, directeur du cabinet de recrutement Robert Half International, au cours des douze derniers mois, le taux de remplacement, qui avoisine 50 % en temps de crise, a atteint les 80 %. »
Dossier coordonné par Anne Tézenas du Montcel L’offre de 100 entreprises, par Pierre Cuin, pages 58 à 63.
Avec un taux de chômage de 4,3 % (contre 9,9 % pour l’ensemble de la population), les cadres sont les premiers bénéficiaires de l’embellie. « En 2016, le cap des 200 000 embauches devrait être franchi et nous sommes confiants pour 2017. Nous pourrions faire encore mieux », se félicite Jean-Marie Marx, directeur général de l’Apec. Même satisfaction pour Alexandre Tamagnaud, fondateur des cabinets de recrutement Fed, dont le nombre de missions progresse de 30 à 40 % chaque mois. « Le taux de rendement des annonces que nous publions est faible. Les cadres n’ont plus besoin d’être à l’affût, ils sont chassés directement par les employeurs. »
Si les experts comptables, les commerciaux, les chefs de chantiers BTP et autres logisticiens sont courtisés pour pallier les départs à la retraite, la vague numérique s’est, elle, transformée en tsunami : informaticiens, spécialistes des données, designers manquent à l’appel. Tous les employeurs, quel que soit leur secteur d’activité, se disputent les mêmes candidats. Qui en profitent en retour. Thalès, qui prévoit en 2017 la même croissance qu’en 2016, envisage 2 000 embauches. Il recrute à tour de bras des spécialistes en électronique, du traitement du signal ou des ingénieurs systèmes et logiciels pour étoffer son service R&D et alimenter l’ensemble de ses divisions.
Nouvelles frontières
Le secteur du conseil est lui aussi aux avant-postes. Prévoyant 1 000 recrutements en 2017, Accenture courtise les consultants agiles, capables de jongler avec les technologies, ou des chefs de projet informatiques rompus aux logiciels SAP et au langage Java. « De nouveaux métiers apparaissent aussi autour de la gestion et du traitement des données ou l’expérience utilisateur », explique Florence Réal, la directrice du recrutement.
Même démarche à Capgemini, qui devrait en 2017 s’attacher les services de quelque 4 000 nouveaux collaborateurs, soit 17 % de plus qu’en 2016. La porte est grande ouverte aux informaticiens, data scientists et data analysts, mais aussi aux digital designers dont les compétences se situent aux frontières de l’ergonomie, du design et de l’architecture informatique.
Objectif de ces embauches : répondre à la demande, mais aussi compenser une progression du turnover, passé de 12 à 15 %. Certes, la pénurie de développeurs et les difficultés pour trouver des spécialistes des données ne date pas d’hier. « Le conseil, les entreprises de services et les éditeurs de logiciels étaient en revanche pratiquement les seuls à rechercher ces compétences pointues, observe Daniel Hansberger, directeur du cabinet de recrutement Clémentine, spécialisé dans les profils IT. « Or, aujourd’hui, précise-til, les grandes entreprises sont, elles aussi, sur les rangs ».
Nous sommes intéressés par les compétences entrepreneuriales et permettons à des jeunes start-uppers de nous rejoindre tout en conservant du temps pour développer leur entreprise. » CÉDRIC FORAY, associé en charge du recrutement à EY.
Ce n’est pas la Société générale qui dira le contraire. Pour accélérer sa transformation digitale, la banque recrute des candidats dans plus de 35 métiers, allant des data scientists aux analystes des données en passant par des spécialistes de la sécurité informatique. « Les profils cybersécurité sont parmi les plus recherchés du moment, observe David Majorel, directeur audit et conseil, IS&T, digital et cybersécurité chez Michael Page. Cette tendance aussi, sur les rangs ». profite certes aux ingénieurs, mais aussi aux juristes connaissant parfaitement les aspects réglementaires. »
Tous les métiers sont d’ailleurs touchés par le passage au numérique. « Pour un spécialiste en marketing classique, trouver ou changer d’emploi est difficile, remarque Fabrice Coudray. En revanche, s’il est positionné sur le marketing digital, il lui faudra moins de deux semaines pour atteindre son objectif. » Les profils business de type écoles de management sont également attendus à bras ouvert chez EY pour faire le lien entre les clients et les équipes chargées de développer de nouvelles applications. Les candidats attirés par ces métiers doivent toutefois avoir une certaine appétence pour la technique. « Dans le domaine des datas, illustre Cédric Foray, associé en charge du recrutement à EY, ils doivent imaginer ce que les entreprises vont faire avec ces chiffres ou comment le digital va transformer les organisations. »
Chasse sur le Web
La même tendance s’observe pour les DRH, de plus en plus amenés à chasser sur le Web, ou pour les communicants, dont la présence est aussi requise sur les réseaux sociaux. Thierry Roger, directeur de l’espace emploi de Carrefour confirme : « Sur les 600 recrutements de cadres prévus en 2017, un tiers concerne nos métiers historiques, un tiers les fonctions support et le dernier tiers des spécialistes de la vente multicanal ou des community managers. » Continuant à recruter des profils classiques chargés d’accompagner les clients dans ses agences, la Société générale fait aussi les yeux doux aux conseillers clientèle familiers des nouveaux services en ligne.
Sur un marché tendu, cabinets de conseils, sociétés de services et entreprises doivent de plus faire face à l’attrait des start-up. Pour ces nouveaux acteurs, recruter est d’ailleurs plus simple que pour les entreprises classiques. « Certains consultants rejoignent ces nouveaux acteurs, attirés par l’aventure entrepreneuriale. Un peu comme si le passage par Capgemini était considéré comme un super 3e cycle », sourit Jacques Adoue, DRH de Capgemini.
Un engouement dont se réjouit Romain Toffolon, responsable recrutement de Criteo, une des pépites de la french tech qui prévoit une centaine d’embauches en 2017 : « Plus qu’aux diplômes, nous sommes attentifs à la personnalité des candidats : lors d’un premier entretien, nous nous assurons de leur capacité à travailler en open space, à faire preuve d’initiative mais aussi à prendre des risques. » Ironie de l’histoire, des collaborateurs de Criteo quittent la société pour de nouvelles start-up, intéressés par les défis à relever...
Quête de qualités humaines
Dans ce contexte concurrentiel, les employeurs ont bien compris qu’ils devaient diversifier les profils. Capgemini s’est rapproché de Pôle emploi pour embaucher 100 scientifiques (mathématiciens, physiciens...) qui seront formés à ses métiers. Enedis développe la même approche. Le réseau de distribution d’électricité, qui devrait recruter une centaine de cadres et notamment des ingénieurs spécialisés dans les smart grids (réseaux intelligents), est lui aussi en train d’élargir son terrain de chasse aux scientifiques universitaires.
Parallèlement, Enedis accorde toujours plus d’importance aux soft skills, les qualités humaines. « Nous recherchons des candidats ouverts, qui ont envie de s’investir et travailler sur des projets collaboratifs », met en avant son DRH, Christophe Carval. Il n’est pas le seul. « Les compétences techniques continuent de jouer un rôle majeur, mais nous regardons aussi le savoir- être des candidats, leur esprit d’innovation et leur capacité à s’intégrer, renchérit Vincent Mattei, directeur recrutement France de Thalès.
Les employeurs ont aussi appris à desserrer les cordons de la bourse. Les salaires repartent à la hausse, de 2 à 10 %. « Les candidats ont aujourd’hui la main », résume David Beaurepaire, responsable développement et stratégie de RegionsJob. Plus que jamais, c’est le moment de bouger. Laurence Estival
En France, le diplôme reste important. Mais nous diversifions nos recrutements, en prenant par exemple en stage des étudiants de l’école 42. » ODILE GRASSART, directrice du recrutement de la Société générale.
Retour sur les chiffres annoncés l’an dernier
Chaque fin d’année, Challenges regarde dans le rétroviseur les prévisions de recrutements annoncées en début d’année par les entreprises de son panel : ont-elles été tenues, revues à la hausse, à la baisse ? D’évidence, 2016 a fait bien plus que tenir ses promesses. La hausse du volume total des recrutements (tous contrats confondus) est très significative, à 11,3 %. Le nombre de CDI, notamment, augmente de 11,6 %. Côté cadres, la progression est plus sensible encore : 14,8 %.
Les entreprises enregistrant moins d’embauches que prévu se comptent sur les doigts d’une main. A l’instar de Segula Technologies, qui n’a recruté que 750 personnes en CDI sur les 1 450 annoncées, ou Ausy et AFD Technologies, avec respectivement 320 et 150 postes de cadres en dessous des prévisions. En revanche, Air Liquide, La Poste et certaines grandes ESN (entreprises de services du numérique) telles Neurones, Sopra Steria ou Synchrone Technologies les ont respectées au poste près. Enfin, près de trois quarts des entreprises les ont dépassées, souvent très largement.
Le secteur du BTP a enregistré des hausses spectaculaires : au sein du groupe Vinci, 1 700 CDI de plus qu’escompté, à Saint-Gobain 1 175 CDI de plus, au sein du groupe Bouygues 1 000 CDI, ou à Eiffage 390 cadres. Dans le secteur de la santé, Ramsay Générale de santé a recruté 500 CDI de plus et Orpea, 100 cadres. Les services à la personne se portent aussi très bien, à l’image d’O2 avec 500 CDI de plus, tout comme la banque et l’assurance :
BPCE (+ 1 000 CDI), BNP Paribas (+ 500), Société générale (+ 300), Axa (+ 200). Même vitalité dans de nombreuses entreprises de conseil en ingénierie et nouvelles technologies, avec 500 postes de cadres de plus pour Altran et CGI, et 250 pour Assystem. Pour 2017, les grandes entreprises, bien plus optimistes que début 2016 mais restant prudentes, tablent sur une croissance de leurs recrutements de 2 %, et de 2,6 % pour les cadres. Pierre Cuin
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir