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Réduire le chômage sans creuser les inégalités

ChallengesPATRICK ARTUS DIRECTEUR DE LA RECHERCHE DE NATIXIS
Pour redonner un emploi, un salaire décent et un espoir d’évolution aux Français peu qualifiés, bref éviter la « trappe à bas salaires », abaisser les charges ne suffit pas. Il faut former.
En dépit d’une baisse récente du nombre de chômeurs, la France connaît un chômage de masse, avec un taux de 10 % de la population active, alors que l’Allemagne et le Royaume-Uni sont au plein-emploi. Qui subit ce chômage élevé ? Pour l’essentiel, ce sont les Français peu qualifiés. Le taux de chômage de ceux qui sont sortis de l’école avant la fin du secondaire atteint près de 16 %.
Alors que pour les diplômés de l’enseignement supérieur, il n’est que de 5 %. Que peut-on faire face à ce chômage des peu qualifiés ?
Evacuons d’abord une fausse piste, la relance de l’activité par un soutien de la demande. Depuis 2014, la baisse du prix du pétrole a dopé le revenu réel des ménages. Mais cette amélioration du pouvoir d’achat a eu peu d’impact sur la demande intérieure, suscitant une hausse des importations, car l’appareil productif français ne peut pas répondre à une stimulation de la demande. Pour accroître l’emploi peu qualifié, on pourrait suivre la politique des Etats- Unis et du Royaume-Uni, en baissant le salaire minimum et en flexibilisant le marché du travail. La France se distingue par un salaire minimum élevé, qui équivaut à 62 % du salaire médian, contre 35 % outre-Atlantique et 48 % au Royaume-Uni. Outre-Manche, les contrats à flexibilité horaire complète, comme les zero hours, se sont beaucoup développés avec une forte hausse des travailleurs indépendants. Cette flexibilité produit des résultats, mais au prix d’inégalités plus élevées.
On peut toutefois réduire le coût du travail sans baisser le salaire minimum, en allégeant les charges sociales patronales au niveau du smic. Même si cette politique a déjà été utilisée, des cotisations subsistent sur les bas salaires (605 euros pour un smic brut de 1 466 euros). Un allégement ne serait pas très coûteux pour l’Etat, car une réduction du coût du travail peu qualifié a un effet immédiat sur l’emploi : une baisse de 10 % accroît le nombre de jobs peu qualifiés de 20 %. Ce qui réduit les indemnités chômage et augmente les cotisations sociales des salariés, compensant d’environ 80 % l’allégement de charges.
Mais cette politique pose un problème : la « trappe à bas salaires ». Les salariés retrouvent un emploi peu qualifié, payé au salaire minimum, et ils risquent de rester toute leur vie dans ce type d’emploi. Ce qui provoquerait une hausse durable des inégalités. La seule solution est d’y associer un gros effort de formation, afin de permettre à cette population d’accéder à des postes plus complexes. Dans l’OCDE, les pays qui ont augmenté les compétences de leur maind’oeuvre (Japon, Pays-Bas, Suède, Danemark) par la formation ont aussi un taux de chômage des peu qualifiés faible, preuve que l’on peut réduire le chômage sans accroître les inégalités.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir