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Pour retrouver son emprise, le libéralisme doit se réinventer

Challengesjeudi 12 janvier 2017
En 2016, la crédibilité des libéraux a été mise à mal. Où sont la dignité, la prospérité et l’équité qu’ils promettent ? A eux de trouver de nouvelles réponses aux nouveaux besoins sociaux.
Cette année 2016 aura été sévère pour les libéraux. Le Brexit, l’élection de Donald Trump, la tragédie syrienne et, des Philippines à la Turquie, l’éclosion de démocraties « illibérales » constituent autant de revers pour eux. Et pendant ce temps, la Russie, qui a piraté l’élection américaine, et la Chine, qui n’hésite plus à défier ouvertement les Etats-Unis, martèlent que le libéralisme n’est qu’un paravent pour l’expansionnisme occidental. Cette moisson amère ne doit pourtant pas empêcher le libéralisme de continuer à se revendiquer comme le meilleur chemin vers la dignité, la prospérité et l’équité.
Les libéraux, loin de fuir le débat d’idées, doivent au contraire le rechercher. Car depuis un quart de siècle, le libéralisme a eu la vie trop facile. Sa domination à la suite de l’effondrement du communisme soviétique l’a fait sombrer dans la paresse et la suffisance. Or le consensus étouffe la créativité et l’initiative. Dans un monde en perpétuel changement, les débats et désaccords ne sont pas seulement inévitables, ils sont les bienvenus, car ils font évoluer les choses.
Mais le libéralisme doit aussi résoudre un autre problème : la perte de foi dans le progrès. Pour de larges pans de l’opinion occidentale, en effet, ce sont « les autres » qui enregistrent des progrès. Une classe de plus en plus nombreuse de déshérités constate que la richesse n’est pas équitablement partagée, que la technologie détruit toujours plus d’emplois, et que d’autres cultures deviennent une menace – parfois violente. S’il veut redevenir attractif, le libéralisme doit aussi apporter une réponse à ces pessimistes. Aux XIXe et XXe siècles, les réformateurs libéraux ont réagi aux évolutions de la société en instaurant l’éducation universelle, le droit de vote, la sécurité sociale. Actuellement, une telle ambition semble avoir disparu.
Cela doit changer. Les libéraux doivent explorer les avenues qu’ouvrent les changements technologiques et les nouveaux besoins sociaux. L’Etat pourrait, par exemple, transférer une partie de ses pouvoirs aux villes, devenues de véritables laboratoires politiques. La démocratie locale pourrait renouveler la façon de faire de la politique.
Depuis un quart de siècle, le libéralisme a vécu dans un consensus étouffant pour la créativité. Il doit rechercher le débat d’idées et réhabiliter le progrès.
L’université pourrait devenir un lieu que l’on fréquente au long de plusieurs carrières dans des industries encore inconnues. Les possibilités sont infinies et un système libéral, qui laisse s’exprimer la créativité individuelle, est plus susceptible que tout autre de les faire s’épanouir.
Ce rêve est-il encore envisageable après l’horrible année 2016 ? Le Brexit et la présidence Trump seront vraisemblablement coûteux et néfastes. Le cocktail actuel de nationalisme, de corporatisme et de mécontentement populaire est inquiétant. Pourtant, 2016 a aussi exprimé un désir de changement. N’oublions jamais la capacité des libéraux à se réinventer. Et ne sous-estimons pas celle des peuples à imaginer des façons inédites, et parfois brouillonnes, de résoudre leurs problèmes. Il s’agit, aujourd’hui, de maîtriser cette impatience tout en défendant la tolérance et l’ouverture d’esprit qui sont les fondements d’un monde libéral et policé.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir