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La gauche dépensière revient en force

Challengesjeudi 12 janvier 2017
Fini, le virage probusiness de Hollande, bonjour les mesures dépensières. Les idées de la primaire sont jugées électoralistes.
Agauche toute ! Les principaux candidats à la primaire de la Belle alliance populaire, qui vont s’affronter lors d’un premier débat ce jeudi 12 janvier, marquent une rupture par rapport au quinquennat de François Hollande : les réformes libérales, c’est fini ! La baisse des prélèvements des entreprises ? La réforme du marché du travail ? Pas au programme, sauf chez Sylvia Pinel, du mouvement des radicaux de gauche. Les mesures probusiness ont disparu des projets, notamment de celui de Manuel Valls, qui incarnait la gauche réformiste. Rappelons qu’il voulait même déverrouiller les 35 heures et supprimer l’ISF lors de la primaire de 2011...
Aujourd’hui, pas touche, ni au Code du travail ni aux impôts des entreprises : l’urgence étant de « protéger les Français » de la mondialisation. Et plusieurs candidats (Benoît Hamon, Arnaud Montebourg et Vincent Peillon) veulent abroger, ou réécrire, la loi El-Khomri.
Mesures généreuses
C’est le grand retour à la gauche classique. D’abord avec des mesures favorables au pouvoir d’achat. Une hausse du smic et des minima sociaux de 10 % (Hamon), une baisse de la CSG pour les bas salaires (Montebourg) et, plus étonnant, la défiscalisation des heures supplémentaires, instaurée par Nicolas Sarkozy, supprimée par Hollande et que Valls veut rétablir. Sans surprise, ces mesures généreuses plaisent aux Français, selon un sondage Odoxa pour Aviva, BFM Business et Challenges (lire ci-contre). Même auprès des sympathisants de droite, dont 53 % (et 73 % du FN) sont favorables à une forte hausse du smic!
Les candidats à la primaire s’affichent aussi accros à la dépense publique. Chez Manuel Valls, qui a mis en oeuvre, à Matignon, le plan d’économies de 50 milliards, plus question de réduire le train de vie de l’Etat : « Il faut assumer les dépenses de notre modèle social », at- il lancé. De son côté, Arnaud Montebourg a présenté un plan de relance de plus de 24 milliards d’euros par an, « qu’il ne faut pas considérer comme des dépenses, mais comme des investissements, facteurs de recettes futures », dans la rénovation thermique des bâtiments, les transports en commun ou le numérique. Quant à Benoît Hamon, il fait exploser les compteurs avec son revenu universel à 750 euros pour tous, chiffré par l’Institut Montaigne à 344 milliards d’euros par an!
Benoît Hamon explose les compteurs avec son revenu universel à 750 euros, chiffré par l’Institut Montaigne à 344 milliards d’euros par an.
Certes, les arguments de ces keynésiens sur les excès de l’austérité budgétaire en Europe, qui ont plombé la croissance depuis 2010, sont recevables et même confirmés par des économistes de tout bord. Mais pour eux, le rang de la France, vicechampionne du monde des dépenses publiques avec 56 % du PIB, n’est pas un problème. Or une note récente de France Stratégie, organisme rattaché à Matignon, a montré que dans certains domaines (emploi, logement), la France dépensait de façon inutile, pour compenser un mauvais fonctionnement du marché.
Un espace pour Macron
En tout cas, cette doctrine du toujours plus de dépenses ne convainc pas. Seuls 40 % des Français sont favorables à l’augmentation du nombre de fonctionnaires, que prônent implicitement tous les candidats, et au maintien des dépenses au niveau actuel. Un scepticisme qui marque aussi les sympathisants socialistes, dont seulement 47% souhaitent accroître les effectifs de la fonction publique. Ces doutes révèlent la faible crédibilité de ces programmes économiques, perçus comme électoralistes : selon Odoxa, seulement un quart des Français jugent ces mesures « économiquement efficaces » et 20% « innovantes ». Pas de doute : ce retour des recettes classiques de la gauche offre un nouvel espace à Emmanuel Macron, en forte progression dans les sondages, seul candidat à revendiquer un projet à la fois libéral et social. Mais qui refuse de participer à la compétition de la Belle alliance populaire. Thierry Fabre
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir