Finances privées

Attention, les placements bidons reviennent

Challengesjeudi 12 janvier 2017
En un an, les fraudes financières, via Internet notamment, ont explosé. Challenges vous alerte sur ces escroqueries protéiformes.
Connaissez-vous le Plan B ? C’est une arnaque qui s’est répandue comme une traînée de poudre sur Internet l’an dernier à travers des mails, des publicités dans les journaux gratuits et même de la relance téléphonique. Avec un rendement annoncé de 12 % par an, elle avait de quoi séduire, et elle a séduit. C’est le cas de Patrick Barka, un restaurateur qui y a laissé 15 000 euros de ses économies. « J’ai été trompé par le site, qui reproduisait même une émission de C dans l’air sur la baisse du livret A ! » proteste-t-il. Ces dernières semaines, le Plan B avait disparu. Mais la nature a horreur du vide, et de nouvelles publicités, de nouveaux mails sont apparus. Cette foisci, ils vantent... le diamant.
Challenges a consulté plusieurs de ces publicités. Que promettentelles ? « Quelque 8 % d’évolution annuelle, zéro impôt, une stabilité à toute épreuve et une monnaie d’échange internationale... » Rien que cela. Le problème, c’est que ces quatre affirmations sont toutes mensongères. « Le diamant revient comme dans les années 1980. Il est régulé par qui ? On est à la veille de nouveaux scandales », prévient Jean-Pierre Corbel, fondateur de clubpatrimoine.com, conseil en gestion de patrimoine. En réalité, le régulateur a déjà réagi : le 4 novembre dernier, l’Autorité des marchés fi- nanciers (AMF) émettait une mise en garde à l’encontre des vendeurs de diamants, comme le site Bluestone et quelques autres.
Le problème, c’est que l’AMF ne sait plus où donner de la tête. L’an dernier, 62 % des Français avaient déjà entendu parler de ces placements atypiques, et 9 % d’entre eux y avaient investi, soit 5 millions de victimes. Et cela empire à folle allure. En 2010, l’AMF répertoriait quatre sites frauduleux. L’an dernier, ils étaient 360. Idem pour les réclamations : 64 seulement en 2010, mais plus de 1 600 en 2015 et sans doute plus de 2 000 pour 2016.
Mini Madoff
Et ce n’est qu’un début car l’imagination des escrocs est illimitée. En novembre, six personnes étaient condamnées dans une fraude qui a fait 360 victimes : l’affaire Marble Art Invest. Cette société proposait un placement dans des tableaux d’artistes cotés. Les toiles étaient peintes par des novices en Roumanie et les premiers investisseurs étaient payés avec l’argent investi par les suivants. Un mini Madoff, qui rappelle l’affaire des manuscrits d’Aristophil. Le préjudice ? 15,7 millions d’euros.
Francis Gamot, 59 ans, cadre dans un groupe industriel.
“Mon compte était monté à plus d’1 million d’euros ”
« J’ai toujours aimé la Bourse. J’ai un portefeuille, je fréquente régulièrement les salons boursiers et j’ai commencé à voir se multiplier les offres des sociétés de trading, notamment sur le Forex. J’ai fini par ouvrir un compte de test chez GMT Invest, sans rien investir. Mais, rapidement, un démarcheur m’a poussé à y mettre un peu d’argent.
J’ai commencé à spéculer, avec l’aide du trader qui opérait sur mon compte en parallèle. Rapidement, le nombre et le montant des opérations ont crû. Je ne voyais rien venir : j’avais fini par verser 200 000 euros d’épargne et j’étais content car mon compte était monté à plus d’1 million d’euros. J’étais naïf.
Comme des milliers d’autres. Et quand j’ai voulu récupérer l’argent, cela a été impossible. J’ai déposé plainte et alerté l’AMF. Mais ces deux institutions se disent incapables d’agir. A moins qu’elles ne veuillent pas. Car ce qu’il faudrait faire, c’est couper les tuyaux, et donc empêcher ces sites d’avoir accès à Internet ! »
Jean-Pierre Rondeau, le bouillant président de la compagnie des CGPI, est ulcéré par la prolifération de propositions loufoques, « des manuscrits, aux emplacements funéraires, en passant par les crevettes, le vin, l’art, les chevaux, les panneaux solaires, les forêts exotiques, les terres rares, les diamants et pierres précieuses, les montres... Ces placements risqués donnent lieu, bien souvent, à des escroqueries, certainement dans la même proportion que pour le Forex », explique-t-il.
En attendant Sapin II
Forex? Vous connaissez sans doute. Qui peut ignorer ces publicités omniprésentes sur le Net, vantant les avantages de ce marché des devises censé rapporter des milliers d’euros par mois à des traders amateurs ? « Le Forex est un marché qui n’est pas régulé comme le marché des actions, et de plus en plus d’épargnants sont incités à devenir traders sur ce marché, avec des promesses de gains faciles et élevés », explique Florence Corne, à la direction des relations avec les épargnants de l’AMF.
En réalité, c’est plumage garanti. La dernière étude sérieuse, réalisée pour l’AMF en 2013, montrait que 9 clients sur 10 avaient perdu de l’argent sur ce Forex. Pis, les 10% qui avaient gagné de l’argent n’avaient récolté que 14 millions d’euros. Alors que les 90% de malheureux qui avaient perdu avaient laissé 175 millions d’euros dans l’affaire!
La loi Sapin II devrait changer tout cela : elle interdit toute publicité racoleuse
Jusqu’alors ces produits n’ayant pas le statut juridique d’instruments financiers passaient au travers de la régulation par l’AMF.
pour des produits sur devises et options binaires. Surtout, elle prévoit que les sites d’épargne doivent au préalable fournir un document d’information à l’AMF. Jusqu’alors le contrôle a priori n’était pas possible car ces produits n’avaient pas le statut juridique d’instruments financiers et échappaient à sa régulation. Mais rien n’empêchera les aigrefins de solliciter les épargnants français en passant à travers les mailles du filet. Et pour cela, rien de mieux qu’Internet qui permet d’être visible sur n’importe quel marché, tout en étant basé dans un pays étranger à la régulation balbutiante ou absente.
Depuis quelques mois, l’AMF tente d’endiguer le flot, en amont, en régulant les fraudeurs, et en aval, en tentant d’éveiller les épargnants aux dangers des placements atypiques. Elle a pour cela créé Epargne Info Service (01-53-45-62-00) qui propose une grille d’analyse pour faire la différence entre un placement dangereux et un produit régulé. Un intermédiaire douteux, explique Lucie Burguin, de la direction de la relation avec les épargnants à l’AMF, va dire à l’épargnant qu’il vend « des placements tangibles, et pas un de ces placements financiers ordinaires de type boursier. On va lui promettre des rendements très élevés, 7 ou 8%, voire plus, en opposition à des produits de banque classiques ».
A FAIRE
Vérifier qui se cache derrière Une simple recherche à partir du nom de la société qui propose le produit permet de se faire une opinion sur sa solidité et son sérieux. Dans le cas de trading, un tour sur le site amf.fr s’impose. Et dans le doute, il faut toujours s’abstenir.
A NE PAS FAIRE
Jouer banco Les placements alternatifs, atypiques, tangibles, les montages défiscalisants légaux peuvent être intéressants pour les gros patrimoines en quête de diversification et disposant d’une armée d’avocats. Sinon, une sicav PEA patrimoniale, bien plus sûre, fera l’affaire.
La perspective d’un rendement élevé avec un risque faible devrait normalement alerter l’épargnant. Mais s’il veut aller plus loin, il lui suffit souvent de vérifier le nom du produit en question sur Internet. Et de s’assurer que l’entreprise n’a pas déjà été signalée sur les sites de l’AMF et de la DGCCRF (la répression des fraudes). Enfin, lorsque le produit nécessite un agrément, il sera possible de vérifier qu’il est bien listé sur les sites correspondants, comme regafi.fr, pour la Banque de France et amf-france.org, pour l’AMF.
Mais, à plus long terme, les autorités de régulation européennes devront élaborer un cadre plus strict. La Commission européenne réfléchit à une façon de créer un marché unique de la finance grand public. Mais, selon l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), avant d’en faire un vrai marché sécurisé pour les épargnants, il faudra « renforcer les mécanismes de coopération entre autorités nationales et améliorer les informations au public ». Il y a, sur ce point, encore beaucoup à faire. Eric Tréguier
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir