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Mexique. Au bord de l’explosion sociale

Courrier international—Sanjuana Martínez Publié le 9 janvier , —Sinembargo.mx Mexico
Une augmentation du prix de l’essence a provoqué des émeutes sans précédent. Les nombreuses arrestations créent un sentiment d’injustice.
Au Mexique, il y a deux catégories de pilleurs : ceux qui pillent le pays – les politiques pilleurs, les chefs d’entreprise qui ne paient pas d’impôts – et les pilleurs à la petite semaine. Mais la justice n’est pas la même pour tous. Les pilleurs à la petite semaine qui ces derniers jours ont participé à des émeutes ont été jugés et emprisonnés rapidement, alors que les politiques et les chefs d’entreprise qui pillent notre pays continuent à bénéficier de l’impunité.
“Sévérité contre les citoyens et impunité pour mes amis”, telle semble être la devise du gouvernement de Peña Nieto. Les politiques, les fonctionnaires et les gouverneurs qui ont volé des milliards de pesos ne sont pas inquiétés, tandis que les simples citoyens sont vite repérés et jetés en prison. On est frappé par la célérité de la justice dans certains cas et par sa totale inaction dans d’autres. Les pillards pourraient écoper de peines allant jusqu’à vingt et un ans de prison. Ils sont accusés de vol et d’association de malfaiteurs, certains pour avoir dérobé une brique de lait.
Dans le même temps, une douzaine de
Dans le même temps, une douzaine de gouverneurs accusés de corruption et de fraude fiscale jouissent de la liberté. Faisons les comptes. Par exemple, huit d’entre eux ont accru la dette de leurs États de plus de 186,53 milliards de pesos [8,2 milliards d’euros] depuis qu’ils sont entrés en fonctions. Tout cet argent volé pourrait alimenter les caisses de l’État fédéral sans qu’il faille augmenter le prix de l’essence.
Mais, j’insiste, pourquoi appliquer deux poids deux mesures envers les petits et les grands pilleurs ? Dans une démocratie, tous les citoyens sont censés être égaux devant la loi. Ces derniers jours, plus de 1 500 personnes ont été arrêtées pour avoir participé aux pillages et aux actes de vandalisme pendant les manifestations contre la hausse des prix à la pompe. De tels délits sont injustifiables, ils représentent des millions de pesos de pertes pour l’initiative privée, mais les injustices n’en sont pas moins criantes. Par ailleurs, certains des pillages semblent avoir été orchestrés par des partis politiques cherchant à discréditer le mouvement citoyen de contestation, et surtout à propager la peur.
Seuil de pauvreté. Il n’est pas facile de déterminer combien de pilleurs ont multiplié les vols en profitant de la confusion ou tout simplement par nécessité. Quand les gens n’ont plus rien à perdre, il est difficile de prévoir ce qui peut arriver.
Il suffit d’observer la pauvreté au Mexique pour savoir que de tels événements annoncent ce qui peut se passer si notre pays ne s’attaque pas au fléau des inégalités. Sachant que plus de la moitié des Mexicains vivent sous le seuil de pauvreté, et que sur ce nombre 28 millions ont du mal à se nourrir, l’explosion sociale pourrait être au coin de la rue.
Les derniers gouvernements ont été d’authentiques machines à fabriquer des pauvres. Entre-temps, le trou noir des spoliations et des pillages aveugles, menés par des présidents, des gouverneurs, des députés et des fonctionnaires, n’a cessé de s’agrandir. Le Mexique ne peut pas continuer à avoir une classe politique riche et des citoyens pauvres. Nous, les citoyens, en avons par-dessus la tête des politiques corrompus agissant en toute impunité, des fonctionnaires pillards à tous les niveaux, qui mettent le pays à genoux.
“Et vous, qu’auriez-vous fait ?” a demandé Peña Nieto [lors de son premier discours de l’année, où il a tenté de justifier l’augmentation du prix de l’essence]. Les réponses de la société civile sont catégoriques : il fallait réduire les dépenses publiques, diminuer le traitement des hauts fonctionnaires, récupérer l’argent volé par les gouverneurs et les fonctionnaires corrompus, dégraisser l’appareil gouvernemental, réduire le nombre de députés et de sénateurs, contrôler et interdire l’octroi de primes et d’avantages en nature à n’en plus finir...
En définitive, il faut qu’Enrique Peña Nieto comprenne que la solution doit venir de son gouvernement, et non de l’appauvrissement accru du peuple mexicain. S’il n’est pas à la hauteur, qu’il démissionne.
Contexte
... “Jamais depuis la période révolutionnaire la nation n’avait connu un mouvement d’opposition d’une telle ampleur”, écrit le site de gauche La Jornada. Barrages sur les routes, attaques de stations-service, pillage de magasins... Les scènes de chaos se sont multipliées depuis le 1er janvier et la hausse de 20,1 % du prix de l’essence, dans le cadre de la réforme énergétique, qui a ouvert le marché à la concurrence. Le 6 janvier, deux jeunes ont été tués lors d’affrontements avec la police dans l’État d’Hidalgo, au centre du pays, tandis qu’un policier a été tué à Mexico. Bilan national : six morts, près d’un millier de magasins pillés et 1 500 personnes arrêtées par la police pour vol.
SOURCE
SINEMBARGO.MX Mexico, Mexique sinembargo.mx
Fondé en avril 2011, ce journal en ligne égratigne volontiers la classe politique mexicaine et décrit, dans de longs articles d’investigation, les liens entre le pouvoir et le crime organisé.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir