FRANCE

Société. Un été indien à Paris

Courrier international—Melissa van der Klugt Publié le 30 décembre 2016
Une journaliste britannique s’étonne de l’idylle naissante entre la France et l’Inde, au détriment des intérêts du Royaume-Uni. Même Bollywood est séduit par les Froggies...
—The Times Londres
Befikre est un exemple classique de la magie moderne de Bollywood : une histoire d’amour contemporaine, pleine d’insouciance, entrecoupée de chansons et de danses. Mais, aux yeux des Britanniques, il s’agirait plutôt d’un film d’horreur : c’est quand même Londres, et pas la France, le décor au goût du jour pour les films indiens à la recherche d’une touche de glamour exotique, non ?
Pourtant, “il se passe quelque chose entre l’Inde et la France”, selon Bertrand de Hartingh, le directeur de l’Institut français en Inde, un organisme à New Delhi qui s’emploie à promouvoir les liens culturels entre les deux pays. “Et nous comptons faire en sorte que ça dure.”
Ainsi, d’autres sociétés sont invitées à suivre les pas de Yash Raj Films, qui a produit certains des plus grands succès de Bollywood et passé cinquantedeux jours en France pour tourner Befikre, son dernier film – soit davantage que Woody Allen pour Minuit à Paris, lettre d’amour hollywoodienne à la ville réalisée en 2011.
Befikre, une comédie romantique de deux heures et demie, est la première grosse production en hindi tournée entièrement en France. Une jeune Indienne née à Paris fait visiter la “cité de l’amour” à un jeune homme de New Delhi et cela donne lieu, entre autres, à une explosion de danses bhangra au pied de la tour Eiffel, à un mariage indien au Sacré-Coeur à Montmartre et à des balades en voiture dans les vignobles ainsi que sur la côte cannoise.
“Malheureusement pour le monde, le Royaume-Uni ferme ses portes, estime M. de Hartingh.
Depuis 2015, les Indiens obtiennent un visa de tourisme en deux jours.
Notre message à l’Inde, c’est : vous êtes les bienvenus. Venez nous voir. Vous voulez venir faire des études ? Venez. Vous voulez tourner un film ? Venez. Vous voulez ouvrir un restaurant ? Venez. Nous vous aiderons. L’investissement s’accroît des deux côtés. C’est un avion français, et non américain ni anglais, que le gouvernement indien vient de choisir [l’État indien a signé un contrat de 9 milliards de dollars pour l’acquisition de 36 chasseurs Rafale en septembre]. Et Befikre a montré à l’Inde que nous n’avons pas que des villes historiques, le café, la cuisine et le vin, mais aussi des producteurs, des ingénieurs et des techniciens.”
Tamasha, un autre film en hindi, a été tourné en partie en Corse l’année dernière. “Ça a très bien fonctionné. Le nombre de touristes indiens sur l’île a augmenté de 30 %, se félicite M. de Hartingh. Nous sommes le pays qui reçoit le plus de touristes mais, depuis les tragiques attentats que nous avons connus, l’industrie du tourisme a pris conscience qu’on ne pouvaitpas attendre tranquillement que les gens viennent.”
Depuis 2015, les Indiens obtiennent un visa de tourisme français en quarante-huit heures seulement, ce qui fait de Paris la capitale la plus accessible d’Europe. Avec l’augmentation de la classe des consommateurs dans le sous-continent, l’Organisation mondiale du tourisme des Nations unies prévoit que le nombre de touristes indiens à l’étranger passera de 18 millions en 2014 à 50 millions d’ici à 2020.
Traitement spécial. En attendant, la France déroule le tapis rouge au cinéma indien : les équipes de tournage ont par exemple accès gratuitement aux rues et aux places parisiennes. À titre de comparaison, il faut compter 500 livres de l’heure [600 euros] pour tourner à Trafalgar Square et 1 000 livres de l’heure s’il faut fermer la place.
“Notre message à l’Inde, c’est : vous êtes les bienvenus.” Bertrand de Hartingh, DIRECTEUR DE L’INSTITUT FRANÇAIS EN INDE
“Londres est surexposée et ne passionne plus autant le public, confie l’un des producteurs de Befikre. Nous savions que Paris était une ville belle et chargée de culture, mais les Français nous ont facilité les choses dès l’ambassade de Delhi et accordé un traitement spécial.”
Les Français soulignent que leur relation naissante avec l’Inde présente un vif contraste avec la terne rencontre de Theresa May et de Narendra Modi, le Premier ministre indien, en novembre, qui n’a débouché sur aucun contrat important. Mme May, qui était censée instaurer la confiance au moment où le Royaume-Uni quitte l’Europe, a vu sa mission commerciale éclipsée par la colère provoquée en Inde par son refus d’assouplir les règles d’attribution des visas pour les Indiens souhaitant travailler et faire des études au Royaume-Uni.
“L’Inde avait peut-être une opinion positive du Royaume-Uni et se disait que si le pays sortait de l’Union, il voudrait cultiver de meilleures relations avec elle, suppose M. de Hartingh. Mais je pense qu’après cette visite l’Inde a compris que le Brexit, ce n’était tendre la main ni à l’Inde ni à personne.”
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir