EUROPE.

Vous aurez votre salaire... en coupons

Courrier international—Ilias Bellos Publié le 2 janvier , —I Kathimerini Athènes
Plus de 200 000 salariés perçoivent une part de leur rémunération sous forme de “tickets de rationnement”. Une façon d’échapper à l’impôt dans un pays en plein marasme économique.
Il y a des embauches dans le pays, oui, mais... payées en coupons. Ces derniers temps, de plus en plus d’employés embauchés pour un salaire proche ou inférieur au salaire minimum [soit 485 euros mensuels] perçoivent une partie de leur rémunération sous forme de “tickets de rationnement” – des coupons d’achat à utiliser dans les supermarchés ou les magasins d’alimentation.
Selon les premiers chiffres disponibles, on estime qu’ils sont déjà plus de 200 000 employés à être payés de la sorte. Des enquêtes révèlent que dans le secteur privé la grande majorité des nouvelles embauches à bas salaire se fait ainsi : une part du salaire, entre 20 et 25 %, est distribuée en coupons et le reste est versé par virement bancaire. Ainsi, l’employé, mais aussi l’employeur, bénéfi- cie d’une moindre imposition.
Cette pratique n’est pas complètement nouvelle et elle est légale. Ce qui change, c’est que, précédemment, ce genre de pratique représentait une forme de bonus pour les employés alors que désormais elle est une question de survie pour les deux parties, et sert à alléger le poids de la fiscalité et des cotisations sociales. Ce système devient plus intéressant dès lors que l’employé perçoit entre 300 et 400 euros. Il reçoit alors 130 euros en plus sous forme de coupons, lui permettant de faire ses courses. La nouvelle loi fiscale autorise pleinement cette pratique. Surtout depuis la loi 4172 de 2013, qui taxe tous les bonus fournis par les entreprises à leurs employés (voiture de fonction, cartes de crédit au nom de l’entreprise, etc.), à condition de rester dans le cadre de la circulaire POL 1219/06-10-2014 du ministère des Finances, stipulant que les coupons de rationnement échappent à l’imposition dès lors qu’ils ne dépassent pas un montant de 6 euros par journée travaillée.
Ce montant peut paraître peu élevé, mais comme déjà plus de 200 000 employés bénéfi- cient de ces coupons, cela équivaut à un chiffre d’affaires annuel de 300 millions d’euros – chiffre qui augmente au fur et à mesure que cette pratique s’accroît.
Depuis quelques années, au moins deux grandes multinationales sont spécialisées dans cette activité en Grèce (elles émettent des coupons, élaborent la grille de distribution, etc.), mais sous la forme de Tickets- Restaurant, comme à l’étranger. Cette initiative est généralement bien accueillie par les responsables des ressources humaines au sein de la société. Beaucoup de multinationales ou de grandes sociétés nationales ne veulent d’ailleurs pas augmenter leurs effectifs par une cantine au sein de la société.
Sauf qu’en Grèce, contrairement à l’étranger, cela dépasse le cadre du Ticket- Restaurant. Ici les coupons constituent une part du salaire. L’élément catalyseur de ce phénomène, en plus de la crise économique et de ses conséquences sur l’économie réelle et sur le marché du travail, est sans conteste l’instauration du contrôle des capitaux, qui incite à chercher de nouvelles solutions pour faire circuler l’argent.
Qui accepte ces coupons ? Les enquêtes révèlent que plus de 4 000 enseignes et environ 10 000 magasins participent déjà à ce programme, dont le coût se répartirait ainsi : 2 % à la charge de la société qui accepte les coupons en échange de biens alimentaires et 3 à 4 % environ pour la société qui les parraine, ces montants revenant au gestionnaire des coupons.
Pourtant, il semblerait que les coupons ne soient pas les seuls à fleurir sur le marché. Lorsque l’activité d’une entreprise le permet et que la nature de l’emploi d’un salarié le justifie, les notes de frais sont de plus en plus utilisées. Les factures que rapporte l’employé (essence, frais divers) vont lui permettre de toucher une part de son salaire, et lui éviter, ainsi qu’à la société, une surcharge de fiscalité.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir