Culture&Savoirs

Le 18 brumaire sous le scalpel de l'histoire

L'HumanitéRAYMOND HUARD HISTORIEN
Patrick Lagoueyte, historien spécialiste du XIXe siècle, décrit avec sobriété le coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte en tant que tel et dans tous ses aspects.
LE COUP D'ETAT DU 2 DÉCEMBRE 1851, de Patrick Lagoueyte.CNRS Éditions, 353 pages, 25 euros.
Le coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte qui a mis fin à la IIe République est un événement majeur de notre histoire politique au XIXe siècle. On en traite ordinairement dans les biographies du futur Napoléon III ou dans les histoires de la IIe République dont il marque la fin (1). En 1951, Henri Guillemin l'avait retracé dans un livre passionné, stigmatisant le « gang de l'Élysée », mais il s'était focalisé sur les événements parisiens, en négligeant les réactions hors de Paris. Depuis cette date, la tendance historiographique a été plutôt à minimiser le caractère scandaleux de cette initiative, comme si, au fond, la IIe République n'avait pas été viable, au profit d'un NapoléonIII modernisateur de la France. Patrick Lagoueyte, historien spécialiste du XIXe siècle, a choisi, avec sobriété, de décrire le coup d'État en tant que tel, dans tous ses aspects, et il nous en livre l'étude la plus complète et la plus précise qu'on puisse lire aujourd'hui. Il a puisé sa documentation aux meilleures sources d'archives, en particulier militaires, et a profité aussi du travail accompli depuis près de vingt ans par l'Association 1851 pour la mémoire des résistances républicaines dans le Sud-Est de la France.
KARL MARX :« LES GRANDS FAITS ET LES GRANDS PERSONNAGES SE PRODUISENT, POUR AINSI DIRE, DEUX FOIS (...), LA PREMIÈRE FOIS COMME TRAGÉDIE, LA SECONDE COMME FARCE. »
Outre les événements les plus connus, sa curiosité s'est étendue, par exemple, à la communication du pouvoir au moment du coup d'État, décisive pour comprendre l'attitude de la population. Il donne un état sans précédent de la réaction immédiate des autorités de tous ordres et montre aussi que
l'opposition au coup d'État, si on prend en compte toutes les formes qu'elle a prises, de la simple réaction personnelle à la tentative organisée de riposte insurrectionnelle, a été véritablement multiforme. Il étudie jour par jour les réactions de la province, grâce à des cartes originales, en situant bien le moment, le 7 décembre, où le vent tourne de façon décisive au profit du pouvoir. Louis Napoléon n'en a pas moins pris l'initiative par les décrets des 8, 9 et 10 décembre d'instituer un régime de terreur contre les opposants (arrestations massives, création de juridictions exceptionnelles). Si la résistance insurrectionnelle n'est
définitivement abattue dans le Sud- Est que le 10 décembre, la chasse aux divers opposants se poursuivra encore pendant des mois grâce à une mobilisation de tout l'appareil d'État. Parallèlement, l'entreprise de légitimation du coup d'État grâce à un plébiscite, au départ un peu brouillonne, s'accompagne de mesures pour gagner les milieux d'affaires et le clergé. Mais une opposition légale ou
sourde (grâce aux bulletins nuls) se manifeste au moment même du plébiscite. Le passage à l'Empire, plus savamment organisé, viendra ensuite. Au final, « le régime instauré par le coup d'État reste la dictature la mieux organisée, la plus aboutie qu'ait connue la France et qui ne donnera pas de signe de faiblesse avant le début de la décennie suivante ».
(1) Signalons l'ouvrage collectif publié par la Société d'histoire de la révolution de 1848, Comment meurt une République. Autour du 2 décembre 1851. Créaphis, 2004.
LireLactu
Parcourir
Rechercher

Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir