Culture&Savoirs

L'ombre de Mozart plane sur les ruines de Palmyre

L'HumanitéMURIEL STEINMETZ
Pour boucler sa trilogie, Brahim Metiba se met dans la peau de Papageno, l'oiseleur bariolé qui sait si bien mentir-vrai.
LA VOIX DE PAPAGENO, de Brahim Metiba.Éditions Mauconduit, 96 pages, 9,80 euros
Brahim Metiba (39 ans) a quitté son Algérie natale à l'âge de 23 ans pour vivre en France. La Voix de Papageno clôt sa trilogie fictionnelle à teneur autobiographique, entamée en 2005 avec Ma mère et moi, roman bref au coeur duquel il place sa génitrice, en imaginant qu'à la faveur d'un rapide retour au pays de son enfance un dialogue peut s'ébaucher entre elle et lui, par l'entremise du Livre de ma mère, d'Albert Cohen. L'essentiel est tu, surtout le fait que le narrateur aime les garçons. Sujet tabou par excellence, inabordable devant celle qui ne jure que par le mariage.
Cette femme fière, rude paysanne analphabète et soumise, on la retrouve à la périphérie de la Voix de Papageno, roman librement inspiré de la Flûte enchantée, qui met en jeu deux frères, Tamino et son cadet Papageno, double avéré de l'auteur. Notons que dans le second volet de sa trilogie, Je n'ai pas eu le temps de bavarder avec toi, le narrateur s'adresse à son père absent. Cette fois, Brahim Metiba bâtit un drame allégorique en dix-sept tableaux et un prologue. Y sont présents ses thèmes d'élection : l'énonciation malaisée de la mère obtuse et résignée ; l'impossibilité de la communication ; la difficile construction de soi. Et puis il y a, Mozart oblige, de la musique avant toute chose. La prose de l'auteur, d'ordinaire plus sèche et travaillée dans le registre de la redite, n'a plus rien de réaliste. Les phrases sont cadencées, où les blancs imposent le tempo. L'action a lieu en deux sites lourds d'histoire : Haz ­ figure de l'antique Palmyre ­ et Stipra, cité jadis fleuron d'un grand empire, qui abrite un théâtre baroque. Papageno (5 ans) y assiste à une représentation où Tamino, son aîné, chante devant des jeunes filles éblouies. Parmi elles, Nadja (16 ans) : « Elle était toute la beauté, sa peau si claire qu'on avait peur de la toucher. » Deux ans plus tard, elle est témoin de l'égorgement de son père archéologue, par « un groupe d'hommes habillés en noir qui portent une longue barbe noire ». Ainsi, le souvenir d'un opéra maçonnique, composé au comble de la civilisation, accompagne en sourdine le tohu-bohu monstre de ces temps barbares.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir