L’événement

« Comment dépasser la notion de salariat?»

L'HumanitéO. M.
Catherine Mills Directrice de la revue Économie et Politique, économiste du PCF
Joel Lumien
Un projet de loi va être déposé par les députés communistes liant sécurisation des ressources et type de production.
Le revenu universel est proposé aussi bien par la droite que par une certaine partie de la gauche. Qu'est-ce que cela reflète ?
CATHERINE MILLS Il y a des diffé-rences entre ce que portent les uns et les autres. La droite, par exemple, veut donner un revenu pour que chacun fasse ce qu'il veut dans le cadre des choix libéraux ­ c'est d'ailleurs l'économiste américain Milton Friedman qui est à l'origine de ce projet ­ et ce, contre la protection sociale, contre le Smic, etc. Mais il y a aussi un fond commun. En France, ce projet va de Benoît Hamon jusqu'à Christine Boutin. Ce revenu pour tous est ultra-cher à financer et serait octroyé aussi à des gens qui n'en ont pas besoin. D'ailleurs, pour le financer, beaucoup veulent fusionner tous les minima sociaux au détriment de la protection sociale. Ce fond commun, que l'on va trouver même chez Benoît Hamon, revient à dire que ce serait une révolution de la Sécurité sociale, mais dans quel sens? Si on simplifie de cette façon, le revenu universel remplace toutes les protections sociales. Or, la question du financement est cruciale. Dans son cas, comme dans celui de la droite, on ne parle jamais du rôle des entreprises et de leurs cotisations. Cela revient à les déresponsabiliser. C'est donc une mauvaise réponse à de vrais problèmes que sont le chômage et les inégalités. Ne serait-ce que parce que son montant est fixé, par exemple dans le projet de Benoît Hamon, à 700 euros maximum par mois. Un montant en dessous du seuil du pauvreté. Ce n'est donc pas de nature à l'éradiquer.
Faut-il attendre de régler la question du chômage pour sécuriser l'attribution de ressources ?
CATHERINE MILLS Il ne faut pasattendre de régler la question du chômage. Une autre politique économique et sociale est possible et nécessaire. Nous, économistes communistes, avons une proposition alternative. Qui passe par l'abrogation de la loi El Khomri évidemment, mais qui instaure surtout la sécurité de l'emploi et de la formation. Ce projet, sous forme d'une proposition de loi, sera déposé par André Chassaigne à l'Assemblée nationale. L'idée de sécuriser l'attribution des ressources pose aussi la question d'un nouveau type de production des richesses. C'est d'ailleurs l'essentiel du sujet. Cela implique une autre fiscalité, une nouvelle Sécurité sociale et la responsabilisation des entreprises. C'est pour cela que nous défendons le principe révolutionnaire de la cotisation sociale, liée à l'entreprise où les salariés créent les richesses. Il faut aussi défendre un autre type de pleinemploi et se poser la question de la sécurisation de l'emploi, de la formation et procéder à des nationalisations avec des critères nouveaux de gestion.
D'autres au PCF, comme Bernard Friot, proposent un salaire universel...
CATHERINE MILLS Je partage sa critique fon-damentale du revenu d'existence et sa défense de la cotisation sociale. Concernant le salaire à vie, je ne partage pas l'idée que le salaire soit aussi de l'investissement, de la politique familiale ou des retraites. La Sécurité sociale, c'est avant tout du « hors salaire » qui ne peut être confondu. On ne peut pas appeler tout et n'importe quoi, du salaire. La question est aussi, comment on dépasse le salariat, qui est un rapport de dépendance. C'est ce rapport qu'il faut abolir à terme.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir