Capital/travail

«En nous condamnant, on nous écarte de la lutte»

L'HumanitéKAREEN JANSELME
Devant le palais de justice d'Amiens, plus d'un millier de militants ont hué, hier, la décision de la cour d'appel condamnant à des peines avec sursis sept des huit ex-salariés de Goodyear.
LE STATUT DES FACTEURS EN NÉGOCIATION La CGT, SUD et l'Unsa ont jugé hier insuffisant, voire « dangereux », le projet d'accord sur le métier de facteur négocié depuis fin octobre, alors que doit se tenir aujourd'hui une réunion de négociation présentée comme conclusive. 537 postes devraient être supprimés et 160 emplois créés chez Veolia Eau pour économiser 24 millions d'euros d'ici à 2018. (Direccte Seine-Saint-Denis).
«On n'est pas hyper souriants et il y a de quoi. Malheureusement, je ne m'appelle pas Mickaël Lagarde. » À mille lieues de la récente exemption de peine réservée à la patronne du FMI, le syndicaliste Mickaël Wamen, porte-parole fougueux des exsalariés de Goodyear, a réservé sa réaction au millier de militants qui l'attendaient, hier, devant le palais de justice d'Amiens. Au sortir du tribunal, pas un mot aux journalistes venus nombreux assister au délibéré de la cour d'appel. Si la décision de justice est plus clémente qu'en première instance, la relaxe n'a été obtenue que pour l'un d'entre eux, Hassan Boukri. Pour les sept autres condamnés, les vingt-quatre mois d'emprisonnement, dont neuf ferme, ont fait place à des peines avec sursis. « En première instance, il n'y a pas eu de distinguo entre les huit, s'étonne ironiquement Mickaël Wamen. Et aujourd'hui c'est complètement farfelu. Ceux qui étaient soupçonnés de violence en réunion ont été relaxés et les autres condamnés. Ceux à qui on a reproché des faits de séquestration ont été relaxés et les autres déclarés coupables. » Pour ces raisons, trois anciens ouvriers écopent de deux ou trois mois de peine avec sursis, quand les quatre autres (dont Mickaël Wamen et Reynald Jurek) sont condamnés à douze mois de prison avec sursis et cinq ans de mise à l'épreuve pour tous.
L'Internationale entonnée entre drapeaux flottants et poings levés
« Cette décision est difficilement compréhensible, plaide maître Fiodor Rilov. On ne connaît pas les critères amenant ou non à la relaxe concernant la séquestration. C'est le résultat de l'obstination de ceux qui ont lancé cette procédure, c'est-à-dire le gouvernement, puisque les dirigeants de Goodyear avaient retiré leurs plaintes. » Mais, pour l'avocat, il ne faut pas « être dupe du rapport de forces dans le pays » : « Il y a eu des bougés depuis le jugement en première instance. Aujourd'hui, nous avons des relaxes, notamment sur la séquestration. Il faut être lucide : c'est bien le résultat de la bataille menée depuis des mois dans le pays contre la criminalisation de l'action syndicale. Nous les faisons reculer, mais pas assez. Nous allons continuer car nous sommes obstinés ! »
En contrebas du palais de justice, la foule entonne l'Internationale entre drapeaux flottants et poings levés. Notamment Loïc, de la Compagnie Jolie Môme, dont le procès est programmé pour septembre. On l'accuse d'avoir malmené un membre de la sécurité du Medef lors du mouvement contre la loi travail. À la tribune avec les « huit de Goodyear », puis derrière eux sur les sièges du tribunal, Loïc reste un fervent soutien. « C'est une déception pour tous les camarades sous menace de la justice en ce moment. C'est une condamnation politique pour criminaliser les militants. Mais il n'y a pas d'exemplarité qui tienne pour unepeine.
On ne nous arrêtera pas. Ce n'est jamais une seule personne qui mène une lutte. » Derrière lui, l'ex-Continental Xavier Mathieu s'est emparé du micro d'un journaliste pour imposer la parole de Philippe Poutou, syndicaliste CGT de Ford, mais aussi candidat à la présidentielle sous l'étiquette NPA (Nouveau parti anticapitaliste). « Une logique de répression est en place. Le pouvoir ne recule pas et muselle les gens. Heureusement, il y a des rendez-vous comme aujourd'hui pour discuter ensemble en espérant que ça déclenche une lutte radicale. » Toute la matinée, en attendant le délibéré, une multitude de militants discriminés, condamnés, harcelés ont défilé au micro pour demander plus de soutien et appeler à relayer ces informations rarement diffusées dans les médias. Comme Gaël, de SUD-PTT 92, en procès le 24 janvier, auquel
on reproche une pseudo-séquestration remontant à plus de sept ans. Ou Cédric, d'EDF, Mathieu, le cheminot, David, professeur en ZEP, Ludovic d'Haguenau. Antonin, lui, n'a pas pu s'exprimer : en prison depuis le 18 mai, l'étudiant attend toujours son jugement, interpellé à la suite de l'incendie d'une voiture de police en marge d'une manifestation. Mais pour ces militants la lutte ne s'arrête pas au recensement des arrestations. Soutien de choix, la CGT de Tarbes est venue rappeler la victoire la veille de la polyclinique de l'Ormeau. Et huit organisations CGT viennent de déposer auprès du Conseil d'État une requête contre un décret de la loi travail concernant le référendum en entreprise. Mickaël Wamen, lui, a déjà décidé de se pourvoir en cassation.
1 706 MILITANTS RÉPRIMÉS
Du retraité militant de la CGT PSA condamné à 250 euros d'amende pour « outrage » envers la police à Mulhouse, en février 2016, au procès de dix militants accusés d'avoir dégradé la grille de l'organisation patronale Medef qui se tiendra le 10 février 2017, en passant par le procès contre Loïc de la Compagnie Jolie Môme pour une occupation du siège du Medef... Le syndicat Info'Com CGT a recensé pas moins de 1 706 procès, condamnations, poursuites, discriminations et sanctions à l'encontre de militants, manifestants, grévistes et syndicalistes pendant les dix derniers mois sur tout le territoire français.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir