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Plaine Commune veut expérimenter le revenu contributif

L'HumanitéPIERRIC MARISSAL
ÉCONOMIE Neuf communes de Seine-Saint-Denis entendent expérimenter un nouveau système. Il s'inspire des aspects vertueux du régime de l'intermittence du spectacle, et a pour but de rendre du temps aux gens pour qu'ils acquièrent des savoirs et changent leur rapport à l'emploi.
«Le revenu contributif n'a rien à voir avec un revenu inconditionnel d'existence, mais les deux ne s'excluent pas », explique Bernard Stiegler, philosophe et président de l'Institut de recherche et d'innovation (IRI). Avec Patrick Braouezec, président (Front de gauche) de Plaine Commune, et Alain Bertho, directeur de la Maison des sciences de l'homme de Paris-Nord, ils présentaient hier le projet visant à faire de l'intercommunalité un territoire d'expérimentation du revenu contributif pendant dix ans. Ce revenu se veut confortable, supérieur à 2 000 euros selon les projections de l'IRI et concernerait tout le monde. Il a pour but de donner aux gens le temps d'acquérir des savoirs, des savoir-faire, des savoir-vivre, et de les partager. Cela se nomme « s'encapaciter » dans le jargon du philosophe. Ce revenu est conditionné à la mise en valeur de ces savoirs dans une activité économique contributive, un nombre d'heures à définir à l'année. « Un peu à la manière du régime des intermittents du spectacle », explique Bernard Stiegler. Le revenu contributif se veut une réponse à la baisse progressive de l'emploi salarié. Le philosophe prend très au sérieux les études qui avancent que près de la moitié des emplois seront automatisables dans un avenir proche. « Tous les emplois prolétarisés, qui ne nécessitent aucune initiative humaine, sont automatisables, assure-t-il. Il faut donc un autre rapport à l'emploi, au travail et une nouvelle répartition des richesses. »
9 éducateurs sportifs sur 10 en France ne sont pas salariés
« Cela rencontre la proposition de sécurisation formation-emploi que porte le Parti communiste, explique Patrick Braouezec. Un danseur, avant de se produire sur scène, s'est beaucoup entraîné et le statut de l'intermittent reconnaît cela comme du travail.
Ce revenu se veut confortable, supérieur à 2 000 euros et concernerait tout le monde.
On pourrait étendre ce principe à de nombreuses autres activités, et reconnaître le travail effectué, non seulement au service d'un employeur, mais aussi pour sa propre formation, le perfectionnement de ses capacités et pour se réaliser en tant qu'être humain. » D'autres exemples sont venus enrichir le débat sur ces activités contributrices, à la définition floue, qui ouvriraient des droits à un tel revenu. La fonction publique, bien évidemment, les métiers de la création, de l'innovation, de l'économie sociale et solidaire et tout ce qui valorise la diversité, dans tous les sens du terme... Le temps de travail consacré au bien commun, actuellement non rémunéré, pourrait être considéré comme activité contributive, par exemple 9 éducateurs sportifs sur 10 en France ne sont actuellement pas salariés. Dans tous les cas, cela se décidera localement et en commun entre les citoyens et les chercheurs qui ont été sélectionnés pour participer et étudier l'expérimentation et y développer une économie de la contribution adaptée à ses besoins. Ainsi le territoire doit devenir « apprenant » et s'engager dans le numérique pour devenir prescripteur et non plus consommateur de services.
L'heure est à la coconstruction avec les habitants et à la recherche contributive. Mais aussi à la recherche de fonds, publics comme privés. Il s'agit de créer les conditions pour verser ce revenu contributif à une partie de la population, le plus rapidement possible. Et les échéances électorales ne rassurent pas. « Dès le mois de juin, je vais reprendre mon bâton de pèlerin et refaire le tour des ministères », soupire Patrick Braouezec.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir