Politique&Citoyenneté

Les militants PS misent sur le débat télévisé pour «rebooster» la campagne

L'HumanitéAUDREY LOUSSOUARN ET LOLA RUSCIO
La première confrontation à l'antenne entre les sept candidats à la primaire organisée par le Parti socialiste a lieu ce soir, à 21 heures, sur TF1, LCI, Public Sénat et RTL. Dans une campagne en accéléré qui ne décolle pas, les adhérents tentent de se rassurer sur son utilité.
Tout se joue dans un mouchoir de poche: 1,20 minute d'introduction chacun, des interventions de 1,30 minute... pour un total de 17 ou 18 minutes de temps de parole par candidat. Pour le premier débat télévisé de ce soir, soit une semaine avant le premier tour de la primaire organisée par le PS, les sept candidats ont un quart d'heure pour convaincre les potentiels électeurs. Irène et Guy, retraités socialistes de Clichysous-Bois (Seine-Saint-Denis), font partie de ces indécis que la campagne tardive de certains candidats n'a pas aidés à y voir plus clair. Après une avalanche d'adjectifs liés à un sentiment de désillusion, le couple évoque le « manque d'entente des candidats » et des « désaccords profonds » qui, ils l'espèrent, « ne vont pas trop ressortir » ce soir. « Comment rassembler après ? » lâche Irène. Ce que confirme une autre militante: le débat pourrait mettre au jour un peu plus la « pagaille » au sein du PS. A contrario, Élise, du 3e arrondissement parisien, vallsiste convaincue, voit dans les quatre moments médiatiques une utilité symbolique. « Les militants ne sont pas heurtés par les mêmes choses. J'étais pour la déchéance de nationalité, par exemple. Le tout est que nous, mais surtout les candidats, préservions le dialogue. »
« Ça ne changera rien, leurs positions sont claires »
Après ce débat, deux autres auront lieu avant le premier round. Comme pour la primaire de la droite. La nuance : ils s'étalaient sur plusieurs semaines. Pour Irène, c'est le deuxième rendez-vous, dimanche, qui lui permettra de « se faire une réelle idée des programmes ». Un autre militant sera, lui aussi, « très attentif » au débat télévisé : « J'en attends beaucoup. » Ce dernier espère que Manuel Valls ne triomphera pas dans la discussion. Et souligne une campagne « très rapide », qui empêche les électeurs de se faire un avis sur les propositions de chacun. Lui a pourtant déjà fait son choix. Ce sera Vincent Peillon: « Si c'est Valls qui gagne la primaire, il ne sera pas victorieux en 2017 car, trop à droite, il n'arrivera pas à rassembler la gauche. Il peut sans doute mobiliser au centre, encore que Macron va lui grignoter des voix. » Comme lui, un militant socialiste parisien voit Peillon comme « un modéré centriste, légitimiste, et pas trop utopiste », notamment sur les questions européennes. Pour certains militants de l'aile gauche du PS, le choix est encore difficile entre Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, qui se disputent dans les sondages les deux places derrière Manuel Valls. C'est le cas de Guillaume, encarté dans le 17e arrondissement de Paris, qui pointe tout de même un hic: l'adhésion du second à un modèle productiviste et son ambiguïté sur le gaz de schiste. Pour d'autres militants PS, qui sont déjà fixés, le débat télévisé s'annonce comme un spectacle sans grande utilité. Françoise, militante pro-Valls du 1er arrondissement de Paris où se tiendront deux bureaux de vote, se montre acerbe : « On sait déjà que les autres sont anti-européens. Ce concours de beauté ne m'intéresse pas. » Gérard, militant PS du 2e, est tout aussi catégorique : « Ça ne changera rien. Leurs positions sont claires. On connaît, par exemple, les contradictions de Valls. »
7530 bureaux de vote contre 9000 en 2011
Lancée en accéléré, avec des formations de présidents de bureau de vote qui s'enchaînent, la campagne met à mal les envies de distribution de tracts et de porte-à-porte, expliquent nombre d'adhérents PS. « En 2011, nous avions treize mois pour tout mettre en place. Cette fois-ci, c'est un mois. Difficile de trouver et de s'assurer de l'engagement des volontaires.
On court après le temps. D'autant que la logistique est très lourde », pointe un responsable de section parisienne. Christophe Borgel, président du Comité national d'organisation des primaires (Cnop), tente de rassurer: « Nous entrons dans une phase de vérification sur les équipes constituées (il attend 35000 à 40000 volontaires pour trois encadrants par bureau ­ NDLR). Les endroits où il y a des inquiétudes sont extrêmement rares. » À la primaire de 2011, 9000 bureaux de vote avaient été ouverts. Cette fois-ci, le chiffre tombe à 7530, pour un coût global estimé à 3,5 à 4 millions et financé par la participation (1 euro par tour).
«Pas d'engouement certes, mais il existe un intérêt pour la primaire», veut encore croire Jean-Christophe Cambadélis. Christophe Borgel va même jusqu'à évoquer « une vague d'inscription sur les listes électorales à la fin de l'année, certains pour voter à la primaire ». Pourtant les sondages, eux, ne sont pas réjouissants. Celui de l'Ifop, sorti fin décembre, montre une majorité (58 %) de sondés peu ou pas intéressés par l'événement. « Hélas,
les sondages internes me laissent aussi songeurs sur la participation... » soupire Gérard, qui espère que « la lucidité des électeurs sur le programme de la droite » les poussera à se rendre aux urnes roses. « Ça va être dur, confirme Irène. Beaucoup sont déçus, la campagne est brouillonne... Il y a comme une sourde angoisse depuis le début et ça se confirme: il n'y a pas d'élan général. » Catherine, de Coubron (Seine-Saint-Denis), est plus optimiste: en occupant l'espace médiatique, les débats et la primaire pourraient « rebooster » le parti, abîmé par « l'héritage des incompréhensions liées aux cinq dernières années ». 49-3, déchéance de nationalité... beaucoup ont tendu les relations au sein de la gauche. Et risquent, selon Gérard, de freiner la participation. « On n'est pas en odeur de sainteté. D'autant que s'ajoutent les scandales auxquels s'attache l'opinion. Comment, après le congrès de Reims et les affaires DSK et Cahuzac, peut-on encore montrer que nous défendons les classes populaires? »
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir