Culture&Savoirs

Jean-Marie Rouart Romantisme 21

L'HumanitéJEAN-CLAUDE LEBRUN
UNE JEUNESSE PERDUE, de Jean-Marie Rouart.Gallimard, 176 pages, 19 euros.
En ce temps de « calcul égoïste », le « no future » apparaît à beaucoup comme l'unique perspective à court terme, faisant resurgir les sombres exaltations et le nihilisme qui animèrent le romantisme au début du XIXe siècle. Les voici précisément à l'oeuvre dans le roman de celui qui avait auparavant choisi d'évoquer le Voleur de jeunesse (1990), puis Une jeunesse à l'ombre de la lumière (2000) : le thème de la jeunesse sous toutes ses espèces, cet indémodable fil romantique, court ainsi depuis bientôt trois décennies au long de l'oeuvre de Jean-Marie Rouart.
Cela commence à la façon d'un roman mondain, dont des ingrédients sont ici réunis. Celui qui raconte se présente en effet comme un spécialiste en matière d'art. Expert international, directeur d'une revue, il habite un vaste appartement dans un immeuble de prestige sur la rive gauche, propriété de sa riche épouse, pour l'heure sous-préfète dans le centre de la France. Occupant son temps entre Paris et New York, il côtoie essentiellement, à la villeet dans les soirées, « un peuple de conservateurs de musée, de critiques d'art, de grands amateurs ».
Comme souvent chez Rouart, un souffle métaphorique porte le récit.
Les femmes l'ont également pas mal requis, même si ce séducteur avancé dans l'âge voit maintenant s'évanouir les feux de sa jeunesse. L'ennui menace. Jusqu'à ce que dans le courrier de la revue lui arrive, postulant à la publication, un article mal fagoté sur Balthus, d'une certaine Valentina Orlov. Celle-là même qui bientôt s'enhardit à forcer la porte de son bureau. Une affolante jeune beauté russe, « femme tempête », se tient alors devant lui, faisant s'embraser le papier glacé de la mondanité. Un autre roman s'enclenche, en même temps sorte de quête ultime et fuite en avant autodestructrice. Jean-Marie Rouart sonde avec une infinie finesse cette âme de vieux dandy, qui revit sous une médiocre forme bourgeoise la fréquentation romantique des abîmes. Car l'ardeur de la passion cède rapidement la place à des questions d'argent, de titres de propriété, de dépossession et de captation. La jeunesse perdue du narrateur peut alors certes s'entendre comme une déploration nostalgique, mais sans doute au moins autant comme une mélancolie plus générale, quand l'avenir ne paraît plus faire signe. Comme souvent chez Rouart, un souffle métaphorique porte le récit. Un autre volume, les Romans de l'amour et du pouvoir (« Bouquins », Robert Laffont), qui paraît en même temps, en témoigne parallèlement. Confirmant la portée de cette oeuvre.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir