Culture&Savoirs

Écouter les mots

L'HumanitéFrançois Taillandier
LA QUERELLE DU PRÉDICAT
Alors il paraît qu'il y a une nouvelle polémique sur l'enseignement de la grammaire à l'école. Des cris de putois s'élèvent, si je suis bien informé, parce que les programmes recommandent d'introduire la notion de « prédicat » dans l'analyse grammaticale des phrases. Mais, enfin, c'est vieux comme les murs ! Le thème et le prédicat, on m'en parlait déjà à la fac de lettres en 1975. Le thème, c'est ce dont on parle ; le prédicat, c'est ce que l'on en dit. Avec ça, vous décomposez n'importe quelle phrase. J'ai mangé ce bifteck avec appétit. Le thème, c'est que vous avez mangé un bifteck ; ce que vous en dites, c'est « avec appétit ». À la cantine, on a eu du bifteck. Le bifteck est devenu le prédicat, le thème étant ce que l'on a eu à la cantine. Ce n'est pas sorcier, et ça marche sur des phrases beaucoup plus complexes. Cela permet de souligner ce qui est dit, de séparer des groupes de mots et de voir quels rapports s'établissent entre eux. Dans la phrase même que je viens d'écrire, le thème, c'est « cela » (résumé des phrases d'avant), le prédicat, c'est tout ce qui suit.
Je sais bien que ça ne suffit pas, et que d'autres notions, plus spécifiques et affinées, doivent venir en complément. Mais ce n'est pas ce dont je veux parler ici. Ce qui me consterne, c'est ce genre de débats eux-mêmes, c'est qu'ils aient lieu. Regardons la réalité en face : un grand pays, doté d'une langue parfaitement codifiée, armé de traditions pédagogiques très anciennes, en est aujourd'hui à pédaler dans sa propre choucroute pour savoir comment enseigner cette langue à ses propres écoliers ­ lesquels, a priori, la parlent déjà spontanément ! Car, enfin, la particularité du français à l'école, c'est qu'il faut apprendre une langue que l'on parle déjà. On ne fait jamais assez attention à ce paradoxe.
Je mets à part, bien sûr, certains enfants d'origine immigrée pour qui la chose est moins évidente, car ce n'est pas forcément la langue qu'ils entendent le plus chez eux, ou qu'elle n'y est pas parlée comme chez les Français d'origine. Mais justement : si l'on ne sait plus comment apprendre le français à ceux dont c'est la langue spontanée, comment peut-on espérer l'apprendre à ceux qui deviendront des citoyens de notre pays ? Ah, on est mal barrés, hein. On est mal barrés. Tout le reste de cette chronique, c'était le thème. Et ça, c'est le prédicat.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir