Débats&Controverses

Start-up et crise du capitalisme

L'Humanitéjeudi 12 janvier 2017
Les start-up font la une des journaux. « Il faut des jeunes Français qui rêvent de devenir milliardaires » : Macron l'a dit, c'est pour le bien de la France... Voire. La pression politico-médiatique à ce sujet est concomitante de la politique de l'enseignement supérieur et de la recherche (ESR) mise en place depuis 2002 par Sarkozy et poursuivie sous Hollande. Est-ce un hasard ? Ce qui la caractérise, c'est à la fois la diminution des budgets de l'ESR, l'injonction ­ sous forme de financements contractuels à court terme ­ faite aux chercheurs du CNRS et de l'université de travailler sur des thèmes qui intéressent l'industrie, la précarisation massive des jeunes diplômés mal payés, et les subventions à l'industriel sous forme de crédit impôt recherche (CIR). Dans le même temps, les grands groupes ferment leurs laboratoires, ou les délocalisent dans des pays à bas salaires. On peut voir dans la mode des start-up, au-delà des déterminations idéologiques (voir Éric Sadin, l'Huma du 27/12/2016), l'adaptation des politiques libérales dans l'ESR à la crise
du capitalisme. Dans leur guerre économique, les grands groupes veulent accaparer les taux de profit les plus élevés possible, avec plusieurs lignes d'attaque : le casino spéculatif, la guerre, la vraie, la destruction de capital, mais aussi l'innovation. Un capitaliste qui dispose seul d'un brevet peut, pendant un certain temps, réaliser des profits plus élevés que ses concurrents. La recherche-développement pour déposer des brevets coûte cher, et les actionnaires veulent leurs dividendes.
L'idéologie et la pratique des start-up ne répondent-elles pas à ce dilemme ? Des jeunes diplômés scientifiques sont encouragés, à coup de subventions publiques, à créer leur start-up, prendre les risques intellectuels et financiers, plutôt que de briguer des postes introuvables dans la recherche publique ou les laboratoires industriels. Tant pis si seulement une sur dix survit au bout de trois ans : c'est la loi de la jungle libérale. La prise en charge par le secteur public des recherches en amont, contractualisées et finalisées, permet de satisfaire la fringale du capital tout en faisant des économies.
Exiger un meilleur financement de l'ESR est juste, mais insuffisant. Le PCF défend à la fois le transfert au secteur public des 6 milliards d'euros du CIR, la revalorisation des carrières dans l'ESR, l'indépendance intellectuelle de ses travailleurs, l'embauche massive de personnels scientifiques, mais aussi des mesures de démocratisation du secteur productif et la constitution d'un pôle public financier capable de financer à bas taux des industries qui développent leur propre effort de recherche-développement. De plus, des mesures incitatives doivent encourager une collaboration mutuellemen t ava n t a ge u s e en t re scientifiques du secteur public et du secteur industriel, public ou privé, pour des innovations utiles.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir