Culture&Savoirs

L'homme de «l'empire universel»

L'HumanitéCLAUDE MAZAURIC HISTORIEN
L'ouvrage de l'historien Denis Couzet marque un tournant dans la connaissance du premier XVIe siècle européen.
CHARLES QUINT. EMPEREUR DE LA FIN DES TEMPS, de Denis Crouzet.Éditions Odile Jacob, 520 pages, 29,90 euros.
Il fut un temps, dans la première moitié du XVIe siècle, où l'on put croire que l'Occident européen et chrétien unifierait le monde qu'on était en train de découvrir et que les puissances s'apprêtaient à investir. On pouvait imaginer ce monde à venir, construit sous la domination d'un empereur, certes élu de Dieu, mais, simultanément, porteur de tout ce que l'histoire et la raison humaine avaient accumulé, ici, entre PaysBas, pays danubiens et Méditerranée, de richesses, de savoirs et de sagesses. Charles Quint (1500-1558), roi d'une Espagne devenue, après la « Reconquista », transocéanique et transcontinentale, empereur élu de l'entité germanique et héritier précautionneux de multiples principautés, incarna le mythe de cet « empire universel » à la survie duquel il consacra toute son énergie, toute sa foi inspirée d'Érasme, mais qui pourtant lui glissa entre les doigts, malgré ses victoires, malgré ses efforts de compromis, malgré son abnégation, à la fois castillane et mystique. Une « fin des temps » assumée?
Un formidable récit en trois temps
Étourdissant d'érudition mais aussi chargé de vues absolument neuves sur un sujet rebattu depuis des décennies, l'énorme ouvrage que Denis Crouzet consacre au personnage de Charles Quint va bien audelà d'une simple biographie récapitulative. Ce formidable récit en trois temps marque, selon moi, un tournant dans la connaissance du premier « XVIe siècle », lequel précède les temps calamiteux des guerres confessionnelles, dynastiques, identitaires, qui vont marquer les cent ans suivants du subcontinent européen.
Recourant à la psychanalyse comme on ne l'avait jamais entrepris à ce point jusqu'ici, aux données de l'iconologie, à la science des textes et même aux apports de l'érudition patristique, Denis Crouzet nous entraîne dans un au-delà de l'analyse historique habituelle, jusqu'à pénétrer dans « l'imaginaire katéchontique » ­ ce refus intériorisé de cette course à l'abîme qui nous parle si fort aujourd'hui! ­ qui caractérisa, selon lui, le dernier empereur de l'Occident dit « chrétien ». Il ne faut pas laisser passer la sortie d'un tel livre qui marque assurément un tournant dans l'historiographie des temps modernes.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir