Politique&Citoyenneté

L'abrogation de la loi travail toujours dans l'air du temps

L'HumanitéAURÉLIEN SOUCHEYRE
Si le Sénat a repoussé, hier, l'abrogation proposée par les sénateurs communistes, l'idée de supprimer la loi El Khomri reste au coeur de la campagne présidentielle. Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France insoumise, est venu soutenir cette démarche.
OSER LA COMPARAISON « Blum, Mitterrand, Jospin ont été en leur temps accusés de renoncement et de faiblesse avant que leurs réformes deviennent des références quasi mythologiques. » Olivier Faure (PS). FRANÇOIS ASENSI PASSE LA MAIN Le député de la 11e circonscription de Seine-Saint-Denis (Sevran, Tremblay, Villepinte) ne se représentera pas en juin prochain et restera maire de Tremblay-en-France. Il estime que sa suppléante Clémentine Autain (FG) « réunit toutes les qualités » pour se présenter à sa suite.
Ils ne lâchent rien. La très impopulaire loi travail est entrée en application avec la nouvelle année ? Loin de désarmer, de céder à la fatalité et au coup de force du 49-3, les sénateurs communistes ont présenté hier une proposition de loi visant à supprimer purement et simplement le texte porté par la ministre du Travail, Myriam El Khomri. Très actifs tout au long de la mobilisation, ils ont ainsi de nouveau fait le chemin de la rue jusqu'à l'Hémicycle, ressortant banderoles et micros. À 13 heures, une manifestation de soutien à l'appel de la CGT était encadrée par sept camions de CRS devant le Sénat. Sous un énorme ballon, des drapeaux et des pancartes, de nombreux opposants à l'une des lois les plus iniques du quinquennat. Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise soutenu par le PCF, a rejoint dans la foule les sénateurs communistes et leur secrétaire national, Pierre Laurent.
« Des régressions inacceptables »
« Cette loi est minoritaire. Elle est inefficace et nocive. Elle n'a pas été négociée puis a été imposée. Le respect de la démocratie exige son abrogation. La défaire est une nécessité historique dans le combat pour un droit du travail digne du XXIe siècle », a insisté Éliane Assassi, présidente du groupe communiste, républicain et citoyen, devant les manifestants d'abord, les sénateurs ensuite. « Cette loi comprend un grand nombre de régressions inacceptables et engage une refonte du Code du travail : inversion de la hiérarchie des normes, abandon du principe de faveur, facilitation des licenciements économiques, affaiblissement du rôle des branches, renforcements des accords dits offensifs, atteinte à la médecine du travail », s'est alarmé Dominique Watrin, rapporteur de la proposition d'abrogation.
Si les sénateurs avaient déjà débattu de longues heures l'an passé, à la différence de députés privés de vote, quelques arguments nouveaux ont fait leur entrée. La loi travail a en effet été confrontée au « réel » dont se revendique sans cesse Myriam El Khomri : le quotidien la Voix du Nord a décidé de l'utiliser pour licencier 178 de ses salariés, malgré un bénéfice de plus de 5 millions d'euros en 2015. Les sénateurs communistes n'ont pas manqué de souligner cet exemple. La ministre, elle, a répondu qu'il était « infondé de rendre la loi travail responsable » de cette situation, précisant que son texte n'ajoutait « aucun nouveau motif de licenciements économiques ». Elle oublie à dessein que son texte en étend les modalités et permet de les déclencher dès une baisse d'activité, fait qui a curieusement été évoqué par la direction de la Voix du Nord.
« Le respect de la démocratie exige l'abrogation de la loi travail. » ÉLIANE ASSASSI PRÉSIDENTE DU GROUPE COMMUNISTE, RÉPUBLICAIN ET CITOYEN
La ministre s'est ensuite livrée à son habituelle défense de la loi, parlant d'un « texte qui renforce les protections des salariés » et permet le « progrès négocié en faisant confiance au terrain ». Si elle a regretté le « vacarme parfois vain » autour d'un texte « otage de considérations éloignées de son sujet », elle a fini par s'enthousiasmer qu'il soit « possible de réformer notre pays par le compromis », oubliant un peu vite l'usage du 49-3 par Manuel Valls. Pierre Laurent le lui a rappelé, estimant que l'ancien premier ministre, en rouvrant le débat sur la légitimité du 49-3, avait « lui-même rouvert le débat sur la légitimité de la loi travail ».
Le grand patronat, en la personne du sénateur Serge Dassault, est heureusement venu à la rescousse : « Un grand nombre d'articles de cette loi sont très favorables aux salariés et à l'emploi. C'est pourquoi je ne comprends pas l'attitude très agressive des syndicats. Sont-ils encore là pour défendre les salariés ? » s'est-il interrogé. Myriam El Khomri, c'est son droit, n'a pas rougi devant ce renfort inattendu. Pas plus qu'en estimant avoir « sanctuarisé les 35 heures ». Mais elle a transformé le déni en art en martelant que « la loi doit protéger, la loi venue d'en haut. D'en haut ! », alors même que sa loi brise le Code du travail venu « d'en haut » au profit d'un Code par entreprise. « Dans la situation économique actuelle, le rapport de forces cantonné à l'entreprise ne peut pas être favorable aux salariés », a affirmé le sénateur écologiste Jean Desessard, dont le groupe s'est abstenu. Au final, la proposition d'abrogation a été rejetée par 115 voix contre 25, quatre voix socialistes et une voix radicale se joignant aux vingt voix communistes.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir