Parents&enfants

« Et toi, tu es syrienne ? »

La CroixSylvie Blanchet
Il n’y a pas plus d’une demi-heure qu’elles ont fait connaissance. Mais à les voir et à les entendre papoter en même temps qu’elles tentent de se hisser tout en haut de la toile d’araignée du parc, on pourrait penser qu’il s’agit de deux vieilles copines. Je n’ai pas prêté attention à la manière dont elles s’y sont prises pour entrer en relation. J’incline tout de même à penser que c’est Hajar qui a pris les devants : la seconde fillette, que je ne connais pas, dont j’ai seulement entendu qu’elle s’appelle Yasmine, semble plus jeune et plus timide.
Hajar a neuf ans. Elle est syrienne, elle vit en France depuis un an et elle est en grande demande de copines : sitôt que nous sortons ensemble dans un lieu public, elle repère les filles de son âge et fait de son mieux pour entrer en relation avec elles. Comme elle s’y prend bien, il est rare que ses manœuvres d’approche échouent. À l’école cependant, elle n’a pas trop d’amies. Et j’ai le sentiment que son relatif isolement lui est difficile à vivre.
« Toi aussi, tu es syrienne ? » Je suis assise à quelques mètres de la toile d’araignée, je ne peux donc pas suivre tous les échanges entre les deux fillettes. Mais cette question-là est arrivée jusqu’à mes oreilles. Non, Yasmine n’est pas syrienne. Elle ne semble d’ailleurs pas très soucieuse de savoir ce qu’elle est, la question d’Hajar paraît l’étonner. Mais elle explique que ses parents viennent d’Algérie.
Hajar semble un peu déçue. Je comprends alors que ce qu’elle espère, quand elle va ainsi au-devant d’autres fillettes, c’est trouver des consœurs, des compatriotes, d’autres qui auraient un vécu un peu semblable au sien. Mais cet espoir n’est guère exaucé : si dans le quartier où elle vit, quartier très populaire, Hajar n’a guère l’occasion de croiser des enfants dont la famille est française depuis des générations, elle rencontre en revanche beaucoup d’enfants d’origine migrante.
Elle a ainsi de nombreuses camarades originaires du Maghreb. Mais celles-ci sont le plus souvent nées en France. Pas grand-chose à voir avec elle ! À défaut, elle jette volontiers son dévolu sur les fillettes d’origine marocaine dont les familles arrivent en France après avoir longtemps vécu en Espagne : avec celles-là, elle a en commun l’expérience de l’exil. Mais pas celle, ô combien déterminante, de la guerre.
Pour les enfants comme pour leurs parents, être parmi les premiers arrivants d’un groupe de réfugiés est particulièrement difficile : pas de compatriotes sur lesquels prendre appui ; pas d’échanges avec d’autres qui, étant passés par là, peuvent donner quelques conseils, quelques adresses ; pas de rendez-vous tacites le dimanche autour d’un terrain de foot improvisé pour jouer un peu entre compatriotes et prendre des nouvelles des uns ou des autres. Rien : aucun modèle, aucun repère. Il faut tout inventer. C’est difficile. Et c’est angoissant. Pour les autres en revanche, pour les suivants, la voie sera déjà ouverte : il sera plus facile de trouver des interprètes et de demander conseil, on se sentira en conséquence moins seul, moins vulnérable.
« Et toi, tu es syrienne ? » J’ai expliqué à Hajar qu’il y avait, pour l’heure au moins, très peu d’enfants syriens en France. Hajar en a pris son parti. À la dernière rentrée, dans sa classe, est arrivée une enfant libyenne. Cette arrivée lui a fait chaud au cœur. À défaut de copine syrienne, il y en a une autre qui vient de la même région du monde !
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir