Culture

Un film choc sur l’Amérique esclavagiste

La CroixMarie Soyeux
Nate Parker est à la fois l’acteur principal et le réalisateur de The Birth of a Nation .
20th Century Fox
L’acteur afro-américain Nate Parker réalise un film coup de poing consacré à Nat Turner, un esclave et pasteur à l’origine d’un soulèvement en 1831.
The Birth of a Nation **
de Nate Parker
Film américain, 2 heures
Moins de quatre mois après Free State of Jones (lire La Croix du 14 septembre), le cinéma américain revient aux plaies de l’histoire esclavagiste du pays, dans un film autrement plus incisif. Écrit, réalisé et interprété par l’acteur noir américain Nate Parker, The Birth of a Nation est sorti aux États-Unis en octobre dans un contexte de tensions raciales et policières exacerbées, conférant à sa charge une actualité particulière.
Son titre sonne comme un coup de fouet dans la mémoire collective et cinématographique américaine : il est celui d’un film de D. W. Griffith (en français, Naissance d’une nation) sorti en 1915, qui, pour fondateur qu’il ait été d’un point de vue technique, valorisait l’organisation suprémaciste blanche du Ku Klux Klan. Nate Parker entend lui répondre à un siècle de distance. C’est pour lui « une manière de réparer une injustice et de transformer ce titre en source d’inspiration », indique cet ancien lutteur universitaire, dont la pugnacité crève l’écran.
Il consacre son film à Nat Turner, né esclave dans l’État de Virginie en 1800. Remarqué pour son intelligence, il apprend à lire dans le seul livre qui lui soit accessible – la Bible – et devient un pasteur baptiste renommé. Dans ce film, son propriétaire monnaye dans d’autres plantations ses prêches, censés garantir la soumission des esclaves. Le réalisateur montre comment la foi de Nat Turner est progressivement éprouvée par les mauvais traitements infligés aux siens et à sa propre épouse – au point de se sentir appelé, par une colère divine, à mener la révolte et « couper la tête du serpent ».
Nate Parker a cultivé sa proximité avec cette figure historique jusqu’à vouloir l’incarner lui-même, multipliant les recherches, jeûnant et priant comme lui. Citant Steven Soderbergh et Mel Gibson parmi ses cinéastes favoris, il remplit son film de références bibliques. Le cinéaste ne nous épargne rien, ni des sévices de l’époque – dents brisées, muselières, viols… – ni des représailles à la hache. Tout en récusant l’idée de « faire un film sur la haine », Nate Parker justifie clairement le recours à la violence, soulignant qu’il était alors le seul possible.
Ce film se veut donc une réponse historique et morale à Griffith – mais aussi cinématographique, retournant contre son imagerie raciste toute l’artillerie du 7e art. Sans subtilité à bien des moments, mais avec une indéniable efficacité, par ses images puissantes, ses scènes oniriques et ses acteurs habités.
Le film, pesant au gramme près action et romance, semblait d’ailleurs parfaitement calibré pour les Oscars, montrés du doigt comme « trop blancs ». Jusqu’à ce qu’une affaire de viol survenue il y a dix-sept ans (pour laquelle Nate Parker a cependant été acquitté en 2001), ne refasse surface voilà quelques mois et ternisse son symbole.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir