Parents&enfants

« Responsabiliser les adolescents sans les culpabiliser »

La CroixRecueilli par Flore Thomasset
Emmanuelle Piquet Psychopraticienne (1)
Les vêtements sont-ils vraiment la source de problèmes récurrents entre les adolescents et leurs parents ?
Emmanuelle Piquet : À vrai dire, bien moins que les écrans, les réseaux sociaux ou l’usage du smartphone ! La manière de s’habiller peut sembler secondaire. Mais il faut y être vigilant car elle est souvent le symptôme d’autres difficultés, par exemple d’un mal-être, en particulier chez des filles qui se couvriraient trop, ou pas assez. À l’adolescence se jouent à travers le vêtement des enjeux essentiels comme la protection de l’intimité, l’apprentissage du corps et de la sexualité et, pour les filles, celui de la féminité.
Les habits sont aussi un enjeu non négligeable pour les ados…
Emmanuelle Piquet : Bien sûr. Pour eux, ils représentent un enjeu d’intégration. Il est fréquent par exemple que la manière de s’habiller vienne aggraver une situation de harcèlement. J’ai connu une jeune fille de troisième qui était un peu le souffre-douleur de sa classe et à qui on lançait : « Tu t’habilles chez Emmaüs. » Pour elle, c’était extrêmement douloureux. Elle a demandé à ses parents de lui acheter un jean de telle marque, ce qu’ils ont fait pour Noël. Elle est arrivée au collège toute fière et son bourreau – puisque c’est bien de ça qu’il s’agit – lui a dit : « Même un jean de telle marque, tu arrives à le rendre moche. » C’est terrible. C’est aux parents d’outiller les adolescents pour qu’ils puissent se défendre : on peut vouloir être à la mode sans céder à tous ses diktats. Se soumettre à la mode, c’est parfois se soumettre tout court.
En cas de désaccord sur la manière de s’habiller, comment les parents peuvent-ils instaurer un dialogue ?
Emmanuelle Piquet : Comme souvent dans l’éducation, le pire est d’édicter des règles trop strictes : « jamais de piercing » ou « aucune minijupe ». C’est la meilleure manière de pousser nos ados vers ce qu’on redoute ou, pire, de les conduire à se dissimuler. J’ai reçu en consultation une adolescente qui sortait de chez elle avec un gros pull et un jean et qui, une fois dans l’ascenseur, enfilait une minijupe. Souvent les ados ne se rendent pas compte des messages qu’induisent leurs tenues. L’enjeu principal pour les parents est donc de les faire réfléchir. On peut dire : « Voilà ce que révèlent tes vêtements, voilà les conséquences auxquelles tu t’exposes, ce sont mes craintes, je te les dis… Mais tu sais mieux que moi ce qui est bon pour toi. »
Cela permet de les responsabiliser sans les culpabiliser, de leur faire prendre conscience des dangers éventuels, tout en les laissant faire leurs choix : « À mon avis, tu risques qu’on te considère mal ou qu’on ne te prenne pas au sérieux. Mais c’est ton corps et c’est ta vie, donc à toi de décider. » La liberté, à leur âge, fait encore un peu peur. Il faut par conséquent leur donner cette liberté, tout en restant à leurs côtés, s’ils en ont besoin. On peut faire une remarque sur un point sans tout critiquer, proposer des alternatives sans trop insister… Surtout, il ne faut pas hésiter à leur répéter souvent qu’ils sont beaux : c’est une époque où ils en doutent et on peut les aider à gagner en confiance.
LireLactu
Parcourir
Rechercher

Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir