Evénement

Une social-démocratie en crise

La CroixSébastien Maillard
PS, Labour britannique, PD italien, PSOE espagnol… les partis traditionnels de la gauche européenne traversent une grave crise de projet et de crédibilité.
Ils avaient chacun le sourire aux lèvres, posant en chemise blanche, l’air détendu et assuré. Manuel Valls, Matteo Renzi, Pedro Sanchez, respectivement chefs des gouvernements français et italien et secrétaire général du PSOE, le Parti socialiste espagnol, étaient réunis à Bologne en septembre 2014. Le trio de quadras incarnait le renouveau de la social-démocratie en Europe du Sud. Deux ans et demi plus tard, l’ancien premier ministre français est loin d’être assuré de gagner la primaire organisée dans son camp pour la prochaine présidentielle. Matteo Renzi a quitté le pouvoir après avoir essuyé un échec cuisant au référendum du 4 décembre dernier. Et Pedro Sanchez a vu son parti connaître l’un des plus faibles scores de son histoire aux législatives de juin dernier.
La gauche britannique n’est guère plus vaillante. Sous le leadership contesté de Jeremy Corbyn, le Labour est en pleine déconfiture et tourne le dos au blairisme. En Allemagne, le SPD participe au gouvernement de coalition dirigé par Angela Merkel sans paraître en mesure, à ce stade, d’empêcher la chancelière d’accomplir un quatrième mandat après les législatives, prévues en septembre prochain.
Même dans les pays longtemps dominés par la social-démocratie, celle-ci est aujourd’hui le plus souvent hors-jeu. En Autriche, la présidentielle l’an dernier a montré que le long partage du pouvoir entre les deux principaux partis (Parti social-démocrate, SPÖ, et Parti populaire, ÖVP) était à bout de souffle. En Finlande, la présidence a échappé au Parti social-démocrate en 2012 pour la première fois depuis 1982 tandis que les législatives de 2015 ont vu arriver en tête le parti du Centre et celui des Vrais Finlandais (droite eurosceptique). En divers endroits, les partis traditionnels de gauche gouvernementale sont aussi contestés par des mouvements de gauche radicale. Tels « la France insoumise » de Jean-Luc Mélenchon, Die Linke en Allemagne, Podemos en Espagne ou encore Syriza en Grèce.
Pourquoi cette déconvenue générale ? « Dans les années 1970 et 1980, la social-démocratie incarnait la seule alternative d’émancipation crédible face aux régimes communistes. Mais au moment de l’écroulement de ces derniers, elle n’a pas triomphé car elle s’est retrouvée au bout de ses réalisations d’économie de marché régulée et d’État providence », analyse Laurent Bouvet, dirigeant à la Fondation Jean-Jaurès. « Avec le blairisme, Schröder en Allemagne et des expériences scandinaves comme la flexisécurité danoise, au début des années 2000, la social-démocratie a cherché à intégrer le choc néolibéral. Mais elle a agi en résistance, en adaptation, pour certains en trahison, et n’apparaissait plus en offensive », résume-t-il. « En même temps, avec la mondialisation et la révolution numérique, la social-démocratie a complètement perdu son cadre traditionnel d’action tandis que son socle sociologique, fait d’ouvriers aspirant à rejoindre les classes moyennes, se dérobait. » Devant la perte de ces fondamentaux, l’universitaire constate que « la social-démocratie se réfugie désormais dans l’extension de droits sociétaux individuels, du type mariage gay », sans parvenir à renouveler sa vision politique.
« On voit aujourd’hui la face avancée d’une longue crise de la social-démocratie en Europe », confirme le politologue Nicolas Leron, qui signe avec l’économiste Michel Aglietta une analyse de cette situation dans La Double Démocratie (Éd. du Seuil). « Elle s’est aussi retrouvée prise en tenaille par les contraintes des règles européennes, qui ont réduit ses marges de manœuvre budgétaires, l’empêchant de réaliser ses projets de transformation sociale », ajoute-t-il. Pour autant, « se retirer de l’Union européenne ou de l’euro n’est pas une option pour une social-démocratie foncièrement proeuropéenne, pas plus que ne le serait la réalisation d’un saut fédéral, jugé politiquement infaisable », estime ce chercheur, pour qui les partis de cette famille politique resteront condamnés à « l’impuissance » tant qu’ils ne dépasseront pas le présent statu quo européen.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir