France

Des étudiants en médecine trop exposés à l’influence de l’industrie pharmaceutique

La CroixPierre Bienvault
Selon un classement, les facultés de médecine ne protègent pas suffisamment leurs étudiants des laboratoires pharmaceutiques.
Quelles sont les facultés de médecine qui protègent le plus leurs étudiants de l’influence des laboratoires pharmaceutiques ? C’est ce qu’a voulu savoir le Formindep, un collectif de professionnels de santé très engagé contre les conflits d’intérêts. Il vient de rendre public un classement de facultés les plus actives dans ce domaine. « Ce classement, qui est une première en France, montre que la situation n’est pas brillante », souligne l’auteur principal de l’enquête, Paul Scheffer, un doctorant en sciences de l’éducation (1).
Ce classement existe depuis 2007 aux États-Unis à l’initiative de l’association américaine des étudiants en médecine. Chaque année, elle note les facultés de A à F en fonction de différents critères. Existe-il une politique pour encadrer les cadeaux offerts aux étudiants ou les invitations à déjeuner ? Les enseignants-médecins déclarent-ils leurs liens d’intérêt au début de leur cours ? « Ce classement a permis de faire bouger les choses. En 2007, la plupart des universités avaient obtenu un F. Aujourd’hui, les deux tiers ont un A ou un B », souligne Paul Scheffer.
Son ambition est d’agir de la même manière en France où ce tout premier classement reste parcellaire. Sur 37 doyens, seuls trois ont répondu à l’enquête. Pour en savoir plus, Paul ­Scheffer et son petit groupe sont donc allés chercher des informations sur les sites Internet des facultés ou via des contacts sur le terrain. Finalement, c’est la faculté de Lyon-Est qui arrive en tête suivie par celle d’Angers. Mais la principale conclusion est que seulement 9 facultés sur 37 ont pris des initiatives pour se prémunir contre les conflits d’intérêts.
Les services hospitaliers sont également en ligne de mire. Car ce sont lors des stages pratiques que les étudiants sont le plus en contact avec l’industrie. Notamment lorsqu’ils assistent à des réunions organisées par des visiteurs médicaux, chargés de la promotion des médicaments. « Le problème est que nous ne sommes pas formés à une analyse critique vis-à-vis du discours des firmes », déplore Claire Corbillé, vice-présidente de l’association des étudiants en médecine de France (Anemf).
Heureusement, certains étudiants se mobilisent sur le terrain. Ainsi, la Troupe du rire, un collectif d’étudiants a édité une brochure de 30 pages pour aider les futurs médecins à « garder leur indépendance » face aux laboratoires. « Et dans 14 facs, des associations ont organisé des projections-débats du film La Fille de Brest, sur le Mediator », souligne Claire Corbillé, tout en en déplorant que trop peu d’enseignants déclarent leurs liens d’intérêts. Mais là encore, il est possible d’agir, comme l’indique Paul Scheffer. « À Harvard, aux États-Unis, les étudiants ont découvert qu’un de leur professeurs, qui vantait dans ses cours certains médicaments anticholestérol, était le consultant salarié de dix firmes, dont cinq qui commercialisaient ces produits. Sans rien déclarer. Les étudiants ont interpellé tous leurs enseignants. Et Harvard, qui avait été classée avec un F, est aujourd’hui gratifiée d’un A. »
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir