Monde

Les oubliés des Balkans affrontent le froid

La CroixPierre Cochez
Des migrants attendent une distribution de repas chaud hier à Belgrade, en Serbie.
Darko Vojinovic/AP
Ils continuent à se presser aux frontières de l’Europe, même si la route des Balkans a été fermée en mars dernier. Afghans pour la plupart, ils doivent affronter le froid rude qui sévit actuellement dans cette partie de l’Europe. Leur situation n’est plus sous le feu des projecteurs.
Ils sont environ un millier de migrants à vivre dans les rues de Belgrade. Dans leur majorité des Afghans et des Pakistanais. Ils se sont installés sur les trottoirs de la capitale serbe, glacés depuis quelques jours par la vague de froid qui frappe les Balkans. Malgré une température au-dessous de –15 °C, personne ne pourra convaincre ces hommes, ces femmes et parfois ces enfants de rejoindre les 13 centres d’hébergement installés en Serbie pour les accueillir. Ces migrants « font la route des Balkans », celle qui s’est ouverte à grand bruit, il y a deux ans, et qui s’est refermée brusquement en mars dernier.
Afghans, Pakistanais, mais aussi Irakiens et Syriens, tous redoutent d’être renvoyés de l’autre côté de la frontière serbe, en Macédoine, comme cela est arrivé à certains de leurs compatriotes. Alors, ils préfèrent les rues, mêmes gelées, de Belgrade. De toute façon, les structures d’accueil ne pourraient pas accueillir l’ensemble des 7 000 étrangers présents dans ce petit pays aux marges de l’Union européenne. « Les camps – souvent des usines abandonnées ou des motels – sont pleins. Le projet de ces gens est d’atteindre d’abord la Hongrie. Le pays en accepte 20 par jour, en priorité des familles », explique Sumka Bucan, de l’ONG Care dans les Balkans. Ces camps de réfugiés ont une capacité moyenne d’une centaine de personnes.
La Serbie est devenue une gigantesque salle d’attente glaciale. Comme la Bulgarie voisine, où se trouvent 12 000 réfugiés et migrants, et les îles grecques, plus loin, où sont bloquées de 50 000 à 60 000 personnes. « Ce n’est pas la météorologie qui est à blâmer, mais bien les hommes et leur incapacité à préparer un phénomène tout à fait prévisible, depuis qu’en mars dernier, l’Europe a décidé de fermer ses portes et de conclure un accord avec la Turquie », s’insurge Stefano Argenziano, de Médecins sans frontières (MSF). Il voit dans cette sous-évaluation du problème une manière de dissuader d’autres candidats à l’Europe d’emprunter cette route. « Mais on n’arrivera pas à bloquer ce flot qui a ses origines dans des problèmes beaucoup plus complexes », poursuit-il.
Au nord, la Hongrie s’est « organisée ». Elle a construit « un grillage électrifié, avec un no man’s land où veillent des chiens qui sont lâchés sur les migrants et des gardes frontières qui attendent avec des tasers – pistolet à impulsion électrique, NDLR –, ceux qui tentent de franchir le grillage », explique Owen Breuil, installé à Belgrade pour Médecins du monde (MDM). Aussi sont-ils bloqués en Serbie ou en Bulgarie. « Ici, en Serbie, la population des campagnes est assez démunie, n’a souvent jamais vu d’étrangers, mais essaie d’être solidaire », remarque Owen Breuil.
En Bulgarie, c’est une autre histoire. Le pays était le principal lieu de passage pendant la migration vers l’Allemagne. L’État, bien organisé, impose aux migrants un séjour de deux semaines dans des camps fermés, avant de les dispatcher vers des centres temporaires. « Les politiques bulgares ont eu des discours populistes et racistes devant cet afflux de migrants. Des citoyens se sont organisés pour assurer la sécurité dans les villages ou inciter à la délation. Des étrangers ont été battus », raconte Owen Breuil.
Dans le sas des Balkans, ces migrants restent en moyenne une vingtaine de mois. « Les gens ont de plus en plus de mal à bouger. Le résultat est que cela commence à tourner dans leur tête. Tous les efforts, les brimades pour arriver jusque-là leur reviennent en mémoire », constate Owen Breuil. Alors ils tentent le passage par d’autres routes, parfois par la Croatie et la Slovénie pour atteindre l’Italie. Ils sont une proie facile pour les passeurs et les trafiquants en tous genres. Tout cela dans une sorte d’indifférence. « La visibilité de cette crise a fortement diminué depuis un an. C’est comme si les projecteurs s’étaient éteints », résume Sumka Bucan.
repères
Décès de sans-abri et de migrants dans plusieurs pays d’Europe
La vague de froid venue de Scandinavie a fait en quelques jours au moins 46 morts, pour la plupart en Pologne.
En Pologne, les températures continuaient à frôler hier – 20 °C dans certaines régions. L’hiver dernier, qui fut inhabituellement doux, environ 77 personnes étaient décédées d’hypothermie dans ce pays de 38 millions d’habitants.
En République tchèque, la vague de froid a fait au moins six morts depuis vendredi dernier, la plupart des sans-abri. Quatre d’entre eux sont morts à Prague, et deux autres, dont un Slovaque, à Brno et Karvina.
En Italie, sept personnes, dont cinq sans-abri, sont décédées pendant le week-end. Les écoles de nombreuses zones sont restées fermées lundi, à cause de la neige ou du verglas, en particulier dans les Abruzzes, les Pouilles, en Calabre ou autour de Palerme.
En Macédoine, à Skopje, un sans-abri de 68 ans a été découvert mort.
LireLactu
Parcourir
Rechercher

Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir