Monde

Une femme sur sept en Europe n’a pas d’enfant

La CroixMarie Verdier
14 % des femmes n’ont pas d’enfant en Europe, selon une étude, publiée ce jour par l’Ined, sur l’évolution de l’infécondité depuis cent ans.
Rares sont les femmes déterminées à ne pas avoir d’enfant. Elles sont ainsi 3 % à déclarer avoir fait ce choix en France. La réalité de la part de ces femmes sans enfant dans les sociétés européennes est d’une autre ampleur. Elles sont 14 % dans ce cas en moyenne, en Europe comme en France, soit une femme sur sept, la stérilité ne jouant que pour 2 à 4 % des cas. Tels sont les enseignements de l’étude « La proportion de femmes sans enfant a-t-elle atteint un pic en Europe ? », publiée ce jour par l’Institut national d’études démographiques (1). Une moyenne qui recèle d’étonnantes diversités dans le temps et dans l’espace.
Les femmes sans enfant étaient historiquement, de loin, plus nombreuses au début du XXe siècle. C’était le cas de 17 à 25 % des femmes nées dans les premières années du siècle ; la Grande Guerre y avait alors largement contribué en tuant les hommes jeunes par millions. Ce taux va ensuite chuter de manière continue pour atteindre son plus bas niveau, 10 %, parmi les femmes nées dans les années 1940 qui contribueront au baby-boom des décennies prospères d’après-guerre. Puis, la part des femmes sans enfants s’élargit de nouveau, avec des variations très nettes selon les pays.
L’Allemagne et plus précisément l’ex-Allemagne de l’Ouest a renoué avec le taux record d’infécondité du début du XXe siècle : 25 % des femmes aujourd’hui approchent de la cinquantaine (nées en 1968) sans avoir eu d’enfant. Tandis qu’elles ne sont que 16 % pour celles nées à la même époque dans l’ex-Allemagne de l’Est. Ce clivage Est-Ouest se vérifie plus largement entre, d’un côté, l’Europe de l’Ouest et du Nord qui oscille entre 16 et 18 % de taux d’infécondité et, de l’autre, l’Europe centrale et de l’Est et du Sud-Est qui ne dépasse guère les 10 %.
« L’influence du passé pèse encore fortement dans les différences actuelles de comportement entre l’Est et l’Ouest. L’importance d’avoir des enfants et de travailler était plus marquée dans l’ex-Allemagne de l’Est », explique Tomas Sobotka, chercheur à l’Institut de démographie de Vienne (Autriche) et coauteur de l’étude. Alors que la stigmatisation des mères qui travaillent pèse encore côté Ouest. La conciliation entre carrière professionnelle et vie de famille reste un défi qui se ressent particulièrement chez les femmes les plus diplômées, également les plus nombreuses sans enfant en ex-Allemagne de l’Ouest, comme dans les autres pays. Les efforts récents en matière de politique familiale et les lents changements de mentalité suggèrent toutefois que l’Allemagne a atteint son pic d’infécondité, selon les auteurs.
À l’inverse, la progression de l’infécondité se poursuit en Europe du Sud, en Grèce, en Italie et en Espagne, où en moyenne plus de 20 % des femmes qui ont eu 46 ans l’an dernier n’ont pas eu d’enfant. « Il est probable que le taux atteindra 25 % dans ces pays dans les années à venir », pronostique Tomas Sobotka. La cause n’est plus le célibat forcé du début du XXe siècle, mais un cumul « d’insécurité économique, de chômage massif des jeunes, de faiblesse des politiques familiales et de fortes inégalités entre les sexes », relève le chercheur. « Dans ces pays, poursuit-il, les femmes pour la plupart ne planifient pas de ne pas avoir d’enfants, mais les contraintes les poussent à retarder l’échéance et, in fine, elles n’auront pas d’enfants. »
LireLactu
Parcourir
Rechercher

Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir