France

PMA et fin de vie, des questions devenues cruciales

La CroixMarine Lamoureux
La procréation médicalement assistée ne fait pas grand débat parmi les candidats de gauche.
Chassenet/BSIP
Le chômage, le pouvoir d’achat ou la lutte contre le terrorisme restent les préoccupations majeures des Français à l’approche des élections. Pour autant, les questions « sociétales », – comme l’ouverture des techniques de procréation et la fin de vie – ont pris ces dernières années une réelle importance. « Ces questions pèsent davantage sur le vote que dans le passé », indique ­Vincent Tiberj, professeur des universités associé à Sciences-Po Bordeaux. Les candidats à la primaire socialiste ont donc pris position, manière d’activer facilement des « marqueurs de gauche » dans la campagne : tous, ou presque, proposent d’élargir la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux célibataires, dans le sillage du « mariage pour tous ». En matière de fin de vie, si les positions sont un peu plus diverses, les candidats sont nombreux à vouloir légaliser l’euthanasie.
Le vote en 2013 de la loi Taubira ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe a révélé les divisions de la société française sur le terrain des « valeurs culturelles ». Durant plusieurs mois, les partisans d’une profonde libéralisation en matière familiale et les défenseurs de repères fondamentaux se sont affrontés dans la rue comme au Parlement. Depuis lors, ces sujets sont devenus des « marqueurs » politiques incontournables.
Pour preuve, les candidats à la primaire socialiste s’en sont largement saisis. Et sont ainsi quasi unanimes à vouloir élargir l’accès à la PMA avec donneur (aujourd’hui réservée aux couples hétérosexuels) aux couples de femmes et aux célibataires. C’est le cas de Vincent Peillon, de Benoît Hamon, de Sylvia ­Pinel, de François de Rugy et de Jean-Luc Bennahmias. Manuel Valls, lui, ne se prononce pas sur le sujet, mais il écrit dans son programme que de « grands enjeux bioéthiques (…) restent devant nous, autour notamment de la question de la PMA ». Il ne ferme donc pas la porte. Toutefois, contraint d’assumer le bilan du quinquennat et peut-être échaudé par les âpres batailles de 2013, l’ancien premier ministre se montre prudent. Pour lui, « le président de la République [doit] garantir que les débats n’abîment pas l’unité de la Nation » sur ces sujets touchant aux convictions profondes, notamment de beaucoup de croyants attachés à la filiation père-mère. Car, derrière la PMA, se profilent des questions vertigineuses : Va-t-on vers un modèle alternatif de procréation ? Pourra-t-on éviter l’emprise du marché sur la reproduction humaine – alors même que de nombreux pays étrangers n’y sont pas parvenus ? Les enfants ainsi conçus auront-ils accès à leurs origines ? Etc.
Sur la gestation pour autrui (GPA), les candidats sont, de fait, beaucoup moins diserts. À l’exception de l’écologiste François de Rugy, qui propose de légaliser cette pratique en l’encadrant, les autres participants à la primaire sont soit muets, soit franchement opposés. Pour Jean-Luc Bennahmias, « l’interdiction doit être la règle » car on ne saurait « vendre le corps humain ». Même opposition de la part de Manuel Valls, qui reste fidèle aux déclarations faites à La Croix en octobre 2014 : il qualifiait alors la GPA de « pratique intolérable de commercialisation des êtres humains ». L’électorat de gauche lui est loin d’être unanime : certains prônent une « GPA éthique » (sans transaction financière, avec une mère porteuse bénévole), d’autres, dont un grand nombre de féministes, la jugent illusoire et dénoncent une instrumentalisation insupportable du corps des femmes. « L’adjectif éthique sert souvent, hélas, à signifier qu’on veut limiter les dégâts d’une pratique injuste, soulignait hier dans Le Figaro la philosophe Sylviane Agacinski. (…) C’est comme si l’on disait : on peut accepter un esclavage éthique. »
À gauche, les dilemmes semblent moins prégnants concernant la fin de vie. De nombreux candidats proposent d’aller plus loin que la loi du 2 février 2016 (qui crée un droit à la sédation profonde et continue jusqu’au décès, NDLR) en légalisant l’euthanasie. « Je créerai le droit à une aide médicale pour mourir dans la dignité pour toutes les personnes atteintes d’une maladie incurable qui le demandent », écrit ainsi Benoît Hamon dans son projet ; Vincent Peillon défend la même proposition « pour que tous les Français soient autonomes et libres de leurs choix ». Sans surprise, c’est aussi la position de Sylvia Pinel – les radicaux de gauche défendent l’euthanasie [de très longue date –, qui précise qu’un « comité d’éthique médicale » interviendra. François de Rugy, de son côté, est favorable à « l’euthanasie » et au « suicide assisté » afin de « reprendre le chemin de réformes sociétales demeurées inabouties ».
Comme sur la PMA, Manuel Valls doit pour sa part assumer les choix du quinquennat qui s’achève. Et comme sur la PMA, le favori des sondages préfère ne pas prendre position sur de « grands débats de société » dans lesquels « il ne peut y avoir de vainqueurs ou de vaincus ». Il promet l’organisation de « conférences de consensus ». Jean-Luc Bennahmias, lui, estime que la loi Claeys-Leonetti est « satisfaisante », venant renforcer les droits des malades.
Sur ces sujets de société, un candidat néanmoins se distingue : Arnaud Montebourg. L’ancien ministre de l’économie ne fait référence ni à la PMA, ni à la fin de vie dans ses propositions. Sollicitées, ses équipes n’en disent pas davantage. « Pour lui, comme pour nombre d’intellectuels de sa génération gravitant autour du PS, ces questions n’ont pas la même légitimité que les enjeux socio-économiques, voire elles détournent des “vrais” sujets », analyse Vincent Tiberj. Pour cet universitaire, il a manqué un tournant : « Depuis plusieurs années déjà, rappelle-t-il, les valeurs culturelles sont, elles aussi, constitutives de l’identité de la gauche. »
Le droit de vote des étrangers
C’était une des promesses du candidat François Hollande en 2012 : « J’accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans », assurait le futur chef de l’État dans son engagement numéro 50. Alors que cette réforme n’a jamais vu le jour, plusieurs candidats de la primaire socialiste renouvellent cette promesse. Ainsi d’Arnaud Montebourg, de Benoît Hamon, de Vincent Peillon – Sylvia Pinel va jusqu’à proposer le droit de vote aux étrangers aux élections locales et nationales. En revanche, François de Rugy, qui soutient la mesure à titre personnel, n’en a pas fait un élément de son programme, redoutant de ne pas parvenir à réunir les voix nécessaires. Manuel Valls ne la propose pas non plus. Une telle réforme exige de modifier l’article 3 de la Constitution (approbation par référendum ou par les trois cinquièmes des suffrages exprimés par le Parlement réuni en congrès).
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir