Culture

De la boxe à la danse, de l’enfance à l’adolescence

La CroixCorinne Renou-Nativel
Récompensé à Deauville, ce film à la trame minimaliste évoque les âges féminins à travers le personnage d’une jeune fille.
The Fits ***
d’Anna Rose Holmer
Film américain, 1 h 12
Toni, une préadolescente de 11 ans, s’entraîne aussi dur que son grand frère Donte à la boxe. Aux entraînements en salle, ils ajoutent d’intenses séances de musculation. Jamais Toni ne renâcle. Mais elle découvre que, dans le complexe sportif où ils s’entraînent, un groupe de filles danse. Plus âgées, elles forment un noyau soudé par les répétitions et les victoires successives à un concours organisé par la ville. Après la boxe, Toni observe avec fascination ces adolescentes joyeuses qui pratiquent avec une énergie folle le drill, une variante particulièrement physique du hip-hop. Une fois réussie une audition préparée avec assiduité, Toni intègre leur groupe alors que surgit un étrange phénomène : les unes après les autres, les danseuses sont prises de crises de convulsions.
Prix de la critique à l’unanimité au Festival de Deauville, The Fits est une œuvre envoûtante qui introduit le fantastique dans un contexte réaliste. Sobre, il n’a que deux décors : le complexe sportif et les abords de l’immeuble de Toni et Donte. On ne sait rien du quotidien de ces adolescents, pour la plupart noirs – pas de parents, pas d’école. Les médias s’emparent de l’affaire des convulsions (fits en anglais) et rapportent les hypothèses (contamination de l’eau ?), écartées les unes après les autres.
Mais le film ne tend pas vers une élucidation limpide et les amateurs de rationnel doivent prendre leur parti d’une métaphore. « Il existe beaucoup de films sur l’éveil sexuel, mais peu sur l’étape qui le précède pour les filles, l’éveil de l’identité féminine, a expliqué Anna Rose Holmer au Festival de Deauville. J’ai aussi fait des recherches sur les épisodes d’hystérie collective. » Toni passe de la boxe, un sport individuel et essentiellement masculin, pratiqué avec son frère et ses copains, à la danse où prédomine l’appartenance à un groupe de filles sur le point de devenir des femmes.
Magnétique, la jeune Royalty Hightower impressionne par sa justesse et sa grâce dans une interprétation quasiment sans paroles. Dans ce film d’atmosphère, tout passe par des expressions, des regards, les mouvements des corps, énergiques et violents, et le son, très travaillé, qui place au cœur des sensations de Toni, isolée à l’image par des jeux de focales. D’une opacité hypnotique, The Fits sonde avec douceur la peur et l’envie des filles de devenir adolescentes dans une alchimie émouvante d’inconfort et de poésie.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir