Economie

Dans les TPE, les élections professionnelles mobilisent peu

La CroixEmmanuelle Réju
Des militants de la CFDT se sont rendus hier à Rungis, pour rencontrer des salariés de très petites entreprises.
Vincent Isore/IP3
Le taux de participation aux élections professionnelles dans les très petites entreprises s’annonce particulièrement faible. Sur le terrain, les syndicats ont beaucoup de mal à mobiliser les salariés.
Marché de Rungis, hier, 7 heures du matin. Une quinzaine de militants de la CFDT se sont donné rendez-vous devant le pavillon aux fleurs du plus grand marché de produits frais d’Europe. Ils sont postiers, employés dans l’édition ou permanents de la confédération. Le but de cette expédition matinale ? Aller à la rencontre des salariés des très petites entreprises, appelés à voter jusqu’au 13 janvier.
Patrick, le secrétaire général du « 94 » (Val-de-Marne) distribue tracts, badges siglés CFDT et quelques consignes. « Bon, si on est mal accueillis, on n’insiste pas. Pas la peine d’aller à la confrontation. »
Une équipe prend à gauche, l’autre à droite, dans une allée embaumée par des milliers de bouquets. Maurice, 94 ans, en pleine forme, fonce bille en tête, un paquet de tracts à la main. « Bonjour, nous sommes de la CFDT, êtes-vous au courant des élections dans les TPE ? », se lance Geneviève, chargée de la politique du développement à la confédération.
La plupart du temps, la réponse est négative. Occupés à charger des caisses ou à piloter leur chariot élévateur, les salariés interpellés ne sont pas hostiles, juste indifférents. « Moi, je n’ai rien à revendiquer, lance André. Quand j’ai un problème avec mon tôlier, je vais le voir direct. »
« Tant mieux pour vous, rétorque Geneviève, sans se démonter. Mais tout le monde n’a pas cette chance. » Un peu plus loin, un employé penché sur ses factures éconduit la jeune femme. « Je n’en ai rien à faire de tout ça. Ils disent se battre pour les petits, avec leurs gros cigares… »
C’est finalement avec les employeurs que le dialogue se noue le plus facilement. « Mes gars, ce qu’ils veulent, c’est de l’argent, c’est tout, assure un pépiniériste. Alors pourquoi vous voulez empêcher les gens de travailler le dimanche s’ils sont d’accord ? »
Au pavillon des fruits et légumes, au milieu de caisses d’ananas et de pommes séchées, Maurice, « le responsable », dénonce pêle-mêle « la droite, la gauche, le centre » et les affaires qui tournent au ralenti. « Grâce à vous, les salariés deviennent trop exigeants », conclut-il.
Parfois, les échanges tournent court… « Allez-vous en, vous êtes du poison ! » hurle une patronne, au-dessus de ses caisses de carottes. Philosophe, Raphaël constate que ces éclats sont rares. « Ce devait être bien pire aux Halles de Paris dans les années 1950… » Depuis septembre, ce responsable départemental a participé à 40 distributions de tracts dans 30 villes du département. « C’est dur de mobiliser les gens, y compris les militants », souffle-t-il.
Le monde des très petites entreprises reste largement une « terra incognita » pour les centrales syndicales, mieux implantées dans les grandes entreprises ou la fonction publique. « On ne sait pas ce qui se passe dans les TPE », admet Raphaël.
Une semaine auparavant, un cortège d’une quarantaine de militants de la CGT s’ébranlait dans les rues du 3e arrondissement de Paris. Comme une « manif » en plus petit. Il faudra un petit moment de battement avant que les militants – finalement peu habitués à faire campagne – se répartissent en petits groupes et commencent à entrer dans les commerces. « Ce ne sont jamais que les secondes élections dans les TPE », précise Benoît, responsable de l’union CGT de Paris.
Les volontaires viennent du BTP, de La Poste ou de la RATP. « Aujourd’hui, les gros viennent aider les petits », souligne Benoît. Karl, animateur de la campagne, recommande « de ne pas entrer à plus de deux à la fois dans un commerce, sauf dans les cafés ».
Dans les boulangeries, boucheries ou restaurants de ce quartier branché de la capitale, bien peu de salariés sont au courant des élections en cours. La plupart assurent ne pas avoir reçu le courrier du ministère du travail les informant du vote et de ses modalités. Poliment, ils prennent un tract, mais ne s’informent pas pour autant des enjeux du scrutin.
« Je vais demander au patron », répond une jeune hôtesse d’accueil, dans un hôtel. « Mais non, c’est à vous qu’on veut parler », doit insister Maryline, permanente de l’union départementale. Un cas de figure qui se répète chez les grossistes de bijoux de pacotille, très nombreux dans le quartier.
Le plus souvent, les employés chinois parlent d’ailleurs à peine français. Malgré tout, Maryline est plutôt contente de l’opération. « Après les débordements des manifestations contre la loi travail, je m’attendais à être moins bien reçue. »
Des syndicats alertent la ministre sur la faible participation
Quelques jours après une demande similaire de la CGT, Solidaires a demandé lundi à Myriam El Khomri, la ministre du travail, de repousser le délai de prise en compte des votes par courrier aux élections professionnelles dans les TPE, en raison d’un taux de participation inférieur à 5 %, contre 10,4 % aux dernières élections en 2012. Le vote, par courrier ou électronique, est ouvert jusqu’au 13 janvier pour la métropole (20 janvier pour l’outre-mer). Le résultat sera annoncé le 3 février. Il participera au calcul de la représentativité des syndicats nationaux.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir