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Tintin au pays d'Apple

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
Les tintinophiles ont cette semaine au moins deux motifs de crier au sacrilège. Une version colorisée de Tintin au pays des soviets, la première aventure du célèbre reporter est sortie, mercredi 11  janvier, en France, en Belgique, en Suisse et au Canada. Même réussie sur le plan technique, la publication post mortem, sous le nom d'Hergé d'un album qu'il n'a pas signé suscite en toute logique une polémique. Opposé à cette décision de Casterman et des Editions Moulinsart, le dernier secrétaire particulier d'Hergé, Alain Baran, juge ainsi que " le respect de toute œuvre due à ce créateur impose qu'elle restât dans l'état où celui-ci l'a laissée ".
Autre nouveauté, à la faveur d'un accord signé avec Apple, cet album est proposé depuis mercredi en version numérique et en trois langues (français, anglais et néerlandais) sur iPhone et iPad par le biais de l'iBooks Store. " Un moyen de toucher un plus grand public, moins tintinophile ", selon Yves Février, directeur multimédia de Moulinsart – la société anonyme belge qui gère les droits dérivés d'Hergé. Nick Rodwell, administrateur délégué de Moulinsart, est persuadé de pouvoir séduire " les plus jeunes, qui aiment zapper ". Mais là encore, les puristes sont bien obligés de constater que lire une double page de bande dessinée sur un téléphone altère forcément l'intégrité de l'œuvre originale puisqu'il n'est possible de lire que case par case. " Le livre reste la bible, reconnaît M. Rodwell, mais  si vous n'êtes pas dans le numérique vous n'existerez plus très rapidement. "
" Si les résultats sont satisfaisants, les vingt-quatre albums de Tintin seront disponibles sur l'iBooks Store ", affirme M. Février. La stratégie avec Apple n'est pas exclusive puisque Tintin est aussi disponible sur Google Books. En revanche, aucun accord n'a été signé avec Amazon et Izneo, le premier portail de distribution spécialisé en bande dessinée en Europe codétenu par la Fnac. Si les aventures de l'éternel jeune reporter – qui fête quand même ses 88 ans – ont permis de vendre plus de 230  millions d'albums traduits dans 80 langues ou dialectes, le numérique reste anecdotique.
Le chiffre d'affaires de la BD dans le " digital " " ne représente que 1  % du marché ", selon Claude de Saint-Vincent, directeur général de Média Participations (Dargaud, Dupuis, Le Lombard…) et président d'Izneo. " On peut se désoler ou se réjouir que cela aille aussi lentement parce que l'on vend quand même des albums à côté, mais le numérique est inéluctable ", dit-il.
Moulinsart, qui défend avec une ardeur farouche les intérêts des héritiers Hergé, veille sur une autre échéance, cinématographique cette fois. Si Paramount, Steven Spielberg et Peter Jackson ne souhaitent pas donner de suite au premier film (Le Secret de la Licorne, 2011) qui n'a rapporté " que " 374  millions de dollars – avec un budget initial dépassé de 200  millions, alors, la société belge récupérera ses droits fin 2018.
Nicole Vulser, et Vincent Fagot
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir