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Donald Trump veut abroger rapidement l'Obamacare

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
Faut-il y voir une forme d'impatience ou un nouveau style de management politique ? A dix jours de son entrée en fonction, Donald Trump a lancé un avertissement, mardi 10  janvier, aux troupes républicaines du Congrès : pas question d'atermoyer pour honorer l'une de ses promesses de campagne les plus emblématiques. Il souhaite qu'un vote sur l'annulation de la réforme de santé en vigueur depuis 2010, l'Obamacare, soit organisé le plus vite possible : " Quelque part autour de la semaine prochaine ", a-t-il déclaré au New York Times. Et qu'une solution de remplacement soit mise en œuvre " très vite ou simultanément ". " On doit se mettre au travail. Obamacare a été un événement catastrophique ", a-t-il justifié, avant d'ajouter qu'il n'accepterait pas un délai de " plusieurs semaines ".
Cette feuille de route semble toutefois impossible à tenir. Pour des raisons techniques : le système de santé américain est parmi les plus complexes qui soient et mettre en place rapidement une alternative aux dispositions prévues par l'Affordable Care Act (ACA) en  2010 sans le déstabiliser – et sans priver de couverture santé des millions d'Américains – paraît hors d'atteinte. Cet avis est partagé même par certains partisans républicains de la suppression de l'Obamacare. L'injonction de M. Trump risque donc de se heurter à des tensions politiques au sein même du Grand Old Party (GOP).
Le consensus ne fait certes aucun doute sur la volonté républicaine de se défaire de cette loi. Aux yeux des conservateurs et d'une partie de la population, l'assurance santé coûte trop cher aux contribuables, qu'il s'agisse des impôts créés pour son financement, de l'obligation faite aux employeurs de financer la couverture de leurs salariés ou du montant des primes à la charge des assurés.
Ses partisans reconnaissent aussi que le système, s'il a ramené à moins de 9  % la proportion de la population qui ne bénéficie d'aucune couverture santé – contre 15  % avant la loi –, souffre d'imperfections. Mais, malgré leurs critiques récurrentes, ni le futur président ni les élus républicains n'ont avancé de mesures précises ou un calendrier réaliste pour y substituer un autre système.
Le speaker républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a beau partager l'analyse de M. Trump, il n'a pas été plus explicite, mardi, devant une partie de ses collègues, inquiets du tempo imposé par le président élu. Avant même la mi-janvier, le processus de suppression de certaines dispositions de l'Affordable Care Act pourrait être enclenché par le biais d'un amendement lors d'un vote consacré au budget ; cette démarche ne demande qu'une majorité simple, contrairement à une réécriture totale de la loi. Un groupe d'élus républicains souhaite néanmoins que cette manœuvre n'ait pas lieu avant mars, afin de donner le temps à la nouvelle administration de préciser ses priorités." Prudence "
D'autres élus de la majorité, d'accord pour voter la suppression, demandent aussi une période de transition plus ou moins longue. Le président républicain de la commission santé du Sénat, Lamar Alexander, a appelé à plusieurs reprises à la " prudence " : " Il faut réformer, remplacer, puis une fois que la réforme sera en place, supprimer Obamacare. Cela prendra probablement deux ou trois ans. "
Sur le fond aussi les avis divergent. Les ultras souhaitent redonner au privé l'entière responsabilité de l'assurance santé. D'autres défendent le maintien d'une régulation de l'Etat, moindre que celle qui existe aujourd'hui et tournée vers l'aide aux plus bas revenus (Medicaid). D'autres encore veulent privilégier les comptes personnels de santé, qui bénéficient d'avantages fiscaux – un système hors d'atteinte pour les plus pauvres –, ou revoir à la baisse le type de soins aujourd'hui couverts par les assurances.
Stéphanie Le Bars
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir