Le Monde Eco et Entreprise

Les constructeurs automobiles font assaut d'" américanité "

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
En attendant l'investiture de Donald Trump en tant que 45e président des Etats-Unis, le 20  janvier, la pression exercée par les Tweet du nouveau locataire de la Maison Blanche sur les industriels de l'automobile aura infléchi au moins la communication de ces derniers, au Salon automobile de Detroit (Michigan).
Si les américains Ford et Fiat-Chrysler (FCA) ont choisi de rendre visible leur patriotisme économique, le premier en annulant un investissement de 1,6  milliard de dollars au Mexique et le second en rapatriant aux Etats-Unis la production d'un pick-up et en annonçant la création de 2 000 emplois, les constructeurs japonais et allemands ont, de leur côté, ostensiblement aligné les preuves de leur " américanité ". Le marché le vaut bien : c'est le deuxième au monde après la Chine, avec 17,5  millions de véhicules légers écoulés en  2016.
Prenons Toyota, troisième vendeur de voitures aux Etats-Unis derrière General Motors et Ford et devant FCA. Le président élu américain avait égratigné, jeudi 5  janvier, le constructeur japonais pour la délocalisation de la production de ses Corolla vers le Mexique. Le PDG, Akio Toyoda, a rappelé, à Detroit lundi 9  janvier, son implication dans la communauté nationale au cours d'une présentation qui tenait moins de la conférence de presse que des late shows des télés américaines.
" Nous avons déjà injecté 22  milliards de dollars dans l'économie américaine, nous allons investir 10  milliards supplémentaires dans les cinq prochaines années aux Etats-Unis ", a déclaré M. Toyoda. Un effort colossal, qui sera consacré, pour partie, à la construction de son nouveau siège au Texas et à la rénovation de ses dix sites industriels répartis sur huit Etats.
Quelques heures auparavant, lors de la conférence de presse inaugurale du salon, les représentants de l'industrie automobile allemande ont tenu à souligner leur contribution à la prospérité américaine. " Nous avons quadruplé notre production aux Etats-Unis entre 2009 et 2016, de 214 000  à 850 000 ", a précisé Matthias Wissmann, le président de la fédération VDA, qui regroupe notamment Daimler, BMW et Volkswagen.L'argument du local
Les marques allemandes ont pour le moment échappé aux foudres en 140 caractères de Donald Trump. Tout comme Nissan qui sur le million et demi de véhicules vendus aux Etats-Unis (8  % de part de marché) en importe un tiers, dont près de 300 000 fabriqués au Mexique. " Ce que nous entendons pour le moment de l'administration Trump, c'est “l'Amérique d'abord, des emplois aux Etats-Unis”, a déclaré à Detroit Carlos Ghosn, PDG de Nissan, Renault et Mitsubishi. Jusqu'ici la règle c'était l'accord de libre-échange nord-américain. Si cela change, nous nous adapterons aux nouvelles règles. Nous avons toujours joué selon les règles. "
Selon M. Ghosn, aucune décision affectant des usines ou des lignes de production au Mexique n'a toutefois été prise pour le moment. Le patron de Nissan juge finalement que les ambitions de M. Trump et les contraintes des constructeurs pourraient se révéler compatibles. " Notre stratégie de long terme c'est la localisation de la production, en raison surtout de la volatilité des changes ", a expliqué Carlos Ghosn.
De toute évidence, fabriquer local est l'un des arguments marketing fort du salon de Detroit. Et chacun de mettre en avant son usine américaine. Toyota vante la performance de son site de Georgetown (Kentucky) où est produite sa voiture star la Camry au rythme spectaculaire d'une par minute. Les nouveaux modèles Atlas seront fabriqués à Chattanooga (Tennessee), explique Volkswagen, où la marque emploie jusqu'à 3 200 personnes.
" Nous faisons tourner à Smyrna, dans le Tennessee, non seulement la plus grande usine automobile des Etats-Unis mais aussi la plus grande usine tout court dans ce pays ", assure Christian Meunier, vice-président de Nissan (Etats-Unis) chargé des ventes et du marketing. Le site de Smyrna et ses 8 400 employés produit 650 000 voitures annuellement. Le reste, soit environ 340 000 autos, est produit à Canton (Mississippi).
BMW, de son côté, met en avant non seulement ses 70 000 emplois aux Etats-Unis, son usine de 8 000 ouvriers à Spartanburg en Caroline-du-Sud, mais aussi le fait que la marque allemande est le premier exportateur d'automobiles aux Etats-Unis, contribuant positivement à la balance extérieure du pays.
Le but de cette communication patriote : éviter une remise en cause de l'accord de libre-échange nord-américain (Alena) par une lourde taxation aux frontières. " Il serait habile de ne pas remettre en question l'absence de taxes à l'importation au sein de l'Alena ", a plaidé Matthias Wissmann. " Certains véhicules – les petites voitures par exemple – ne sont pas rentables si elles sont produites aux Etats-Unis, explique Xavier Mosquet, consultant automobile, directeur du bureau de Detroit du Boston Consulting Group. En cas de tarifs douaniers prohibitifs, les constructeurs arrêteront tout simplement de les vendre ici. "
Éric Béziat
LireLactu
Parcourir
Rechercher

Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir