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Une académie, trois futurs

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
Ils ont tous intégré le fait que, s'ils voulaient faire des études supérieures, il fallait partir. " Jean-Marc Prince, proviseur au lycée Joliot-Curie à Hirson (Aisne), sort d'un conseil de classe. En terminale scientifique, aucun élève n'a le projet de rester en Thiérache après le bac. Si ces élèves de filière générale se voient déjà à l'université, loin de leurs proches, pour d'autres le pas est plus difficile à franchir.
Dans l'académie d'Amiens, le taux de poursuite d'études dans l'enseignement supérieur est de 73,8  %, contre 77  % au niveau -national en  2015. Un écart que Gilbert Leclère, chef du service académique d'information et d'orientation (SAIO), explique par le taux de chômage élevé dans la région : " Certains lycéens n'osent pas l'enseignement supérieur, ou le tentent et le quittent faute de moyens financiers. " -Au-delà de l'aspect pécuniaire se dresse parfois une frontière psychologique. Selon les familles, il est plus ou moins dur " d'envisager des études supérieures et une vie loin de chez soi ".
Lors de la session 2016 d'Admission post-bac, la majorité des -lycéens picards ont choisi en -premier vœu l'université pour préparer une licence (37,2  %). -Suivaient les BTS (34,4 %), les DUT (12,5 %) et les classes préparatoires (6,5 %). Mais ces orientations diffèrent selon le territoire.
Ainsi, dans l'Aisne, le choix du BTS domine, contrairement à l'Oise et la Somme où les élèves se dirigent davantage vers l'université. " Il y a quelques antennes IUT à Saint-Quentin, Laon et Soissons mais ça ne pèse pas assez lourd pour montrer à la population axonaise ce qu'est une vie étudiante ", souligne Gilbert -Leclère, du SAIO. Dans l'Aisne, les classes prépa sont rares. Ils ne sont que 7,4 % en bac général à y prétendre, contre 12,1 % dans l'Oise et 11,1 % dans la Somme.
Au-delà des critères sociaux, l'émulation pour l'enseignement supérieur n'est donc pas la même au sein des trois départements. Pour preuve, le lycée Jules-Uhry de Creil (Oise) compte 48  % d'enfants d'ouvriers ou d'inactifs parmi ses élèves de terminale, ce qui n'empêche pas quatre -bacheliers technologiques sur dix de se diriger vers l'université (et 60  % des bacheliers généraux). Des chiffres supérieurs à la moyenne de l'académie.
" Nous avons des élèves dont les parents n'ont pas de formation dans le supérieur, et pourtant il y a une volonté très nette de -poursuivre au-delà du bac ", explique Nicolas Leclerc, proviseur adjoint. La moitié des élèves des villes du sud de l'Oise suivent des études dans l'enseignement -supérieur à moins d'une heure de Paris en train. Même si la -plupart de ceux du lycée Uhry restent en Picardie pour poursuivre leurs études. Nicolas Leclerc -relève trois freins à la mobilité de ses élèves : " Le confort ou l'habitude, les moyens financiers et le frein culturel. "
Amiens a beau séduire de plus en plus de bacheliers, grâce aux campus de l'université de Picardie-Jules-Verne (UPJV) rassemblant 60  % des étudiants de l'académie, dans le Santerre ou en -Picardie maritime, les trajectoires scolaires se tournent moins vers l'enseignement -supérieur.
En  2015, le lycée général, technologique et professionnel de Friville-Escarbotin (Somme) enregistrait un taux de réussite au bac de 78 %, 10 points de moins que la moyenne nationale. " On couvre un territoire rural, les élèves sont souvent issus de milieux défavorisés, commente Pierrette Le Denmat, directrice du centre d'information et d'orientation local. On travaille sur l'ambition, qu'ils aient une perspective d'avenir à bac + 3, bac + 5 ". Mais le budget et le modèle familial comptent et Amiens, à une heure de route, représente parfois le bout du monde.
Chaque année, l'UPJV envoie des ambassadeurs dans 44 établissements pour parler des formations. Stages d'immersion en prépa ou à la fac, rencontres -entre lycéens et étudiants sont aussi organisés. La " réussite de tous " était l'un des axes de travail du projet académique 2014-2017. Pour Gilbert Leclère (SAIO), même s'il faut continuer à y travailler, une partie des objectifs est remplie. " Les différences d'orientation entre les élèves se sont d'ores et déjà réduites ", -conclut-il.
Nathalie Tissot
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir