Le Monde Eco et Entreprise

Jack Ma, ambassadeur et missionnaire

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
Sur la photo, le grand blond n'a pas l'air commode. Il broie consciencieu-sement la main du petit Asiatique qui sourit face aux caméras. Ainsi vont -désormais les relations entre les Etats-Unis et la Chine. Auparavant, c'était Venise et l'Italie qui envoyaient missionnaires et explorateurs pour convaincre l'empire du Milieu de s'ouvrir au monde extérieur. C'est désormais l'inverse. Jack Ma, le PDG le plus célèbre de Chine et -fondateur du géant du commerce électronique Alibaba, n'a pas attendu l'intronisation de -Donald Trump pour lui rendre une petite -visite, en ambassadeur du libre-échange, lundi 9  janvier. L'Américain veut déclarer la guerre commerciale, le Chinois tente de le convaincre que, au contraire, son groupe peut créer un million d'emplois sur le sol nord-américain en aidant les PME locales à vendre leurs produits en Chine.
Rien de tel qu'un homme d'affaires pour -parler à un autre homme d'affaires. Jack Ma est aujourd'hui le meilleur atout d'une Chine en pleine transition. A l'extérieur, il est le porte-drapeau de l'ouverture de son pays au monde et, à l'intérieur, le modernisateur en chef de l'économie. Après avoir secoué la finance en introduisant le numérique dans le monde archaïque de la banque chinoise, il s'attaque à un défi de taille, la transformation du commerce. Pas seulement celui sur Internet, mais le phy-sique, le vrai, avec ses innombrables magasins poussiéreux et sa logistique d'un autre âge. En achetant pour 2,6  milliards de dollars (2,5  milliards d'euros) le groupe Intime, opérateur hongkongais de grands magasins et de centres commerciaux, le voilà qui entend désormais pousser le numérique et le big data jusqu'aux magasins de quartier.Epiceries de quartier high-tech
Chez Alibaba, on appelle cela le " O2O " (pour " online to offline "), c'est-à-dire la fusion des commerces en ligne et physique. Un Graal après lequel courent tous les acteurs du commerce, à commencer par les rois de l'Internet, qui sentent poindre l'arrivée à maturité de leur activité et cherchent un relais de croissance. Amazon expérimente à son siège de Seattle des épiceries de quartier high-tech, sans caisse ni caissière, et ouvre des librairies dans les grandes villes du pays. Mais c'est aussi évidemment l'obsession des acteurs classiques comme Walmart ou Carrefour, déjà fragilisés par l'essor du commerce en ligne et qui voient poindre une nouvelle menace avec ce débarquement sur leurs terres.
Pour Jack Ma, comme pour Pékin, il s'agit de développer cette modernité chinoise à l'abri des appétits occidentaux. Le petit homme, adepte du tai-chi et du jeu de go, est le missionnaire d'une Chine qui ne veut compter que sur ses propres forces, et plus sur les apports extérieurs. Le retrait symbolique du pays de McDonald's, après celui de KFC, laisse augurer des temps plus difficiles pour les Occidentaux dans l'empire du Milieu.
Philippe Escande
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir