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Jared Kushner, gendre idéal et conseiller spécial

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
Le commando conservateur qui a triomphé le 8  novembre 2016 est désormais presque reconstitué. Après Stephen Bannon, Reince Priebus et Kellyanne Conway, Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, a été nommé à la Maison Blanche le 9  janvier. Il y sera le conseiller spécial du futur président. Une promotion remarquable pour un parfait novice en politique comparé au bagage de l'idéologue patron du site controversé Breitbart News, à l'apparatchik du Grand Old Party et à la stratège experte en opinion publique.
Les obstacles légaux empêchant depuis quarante ans aux Etats-Unis qu'un membre de la famille rapprochée d'un président puisse jouer un rôle actif dans la définition et la traduction de la politique fédérale ont été aisément contournés. L'équipe de transition s'est inspirée d'un précédent auquel la future administration se gardera cependant bien de se référer : celui d'Hillary Clinton.
Comme cette dernière lors du premier mandat de son mari, l'époux de la fille aînée du milliardaire, Ivanka, n'occupera pas en effet un poste comparable à une direction d'agence fédérale. Il ne sera pas non plus rémunéré, un détail pour ce fils de famille fortuné.Déterminant à trois occasions
Son entourage a annoncé qu'il prendra par ailleurs ses distances avec le puissant groupe immobilier bâti par son père et au sein duquel il travaillait aux côtés de son frère Joshua. Le jeune homme trentenaire a aussi coupé les ponts avec l'hebdomadaire désormais sur Internet The New York Observer qu'il avait acquis en  2006, alors qu'il n'avait que 25 ans. L'un des très rares titres de la presse américaine à avoir apporté son soutien à Donald Trump.
Cette nomination n'a surpris personne, même si Jared Kushner est une page quasiment blanche en politique. Pendant les primaires, Donald Trump avait bruyamment dévoilé l'intérêt que son gendre portait à la campagne. Il a été jugé déterminant à trois occasions. Tout d'abord dans la mise à l'écart du premier directeur de campagne du magnat de l'immobilier, Corey Lewandowski, en juin  2016, jugé pas assez expérimenté. Puis ensuite dans celle de son successeur, Paul Manafort, englué dans des controverses liées à des activités passées de conseil en Ukraine.
M.  Kushner aurait aussi contribué à l'éloignement du gouverneur du New Jersey, Chris Christie, qui avait été pourtant la première figure nationale républicaine à se ranger derrière M. Trump. M.  Christie avait contribué il est vrai, quelques années plus tôt, à l'incarcération pendant deux ans du père de M. Kushner, au terme d'une procédure intentée par celui qui était alors procureur général de cet Etat, pour évasion fiscale. Sans doute pour ménager l'avenir, le gouverneur par ailleurs handicapé par des affaires internes à son Etat a pris soin publiquement d'écarter la thèse d'une vengeance.
Le gendre de 36 ans était présent aux côtés de son beau-père lors de la première visite de ce dernier après sa victoire à Washington, le 10  novembre. Les photographes avaient immortalisé sa haute et fine stature dans les jardins de la bâtisse présidentielle aux côtés de Denis McDonough, le chef de cabinetde Barack Obama, fonction qui sera exercée par M. Priebus.
M.  Trump a pu apprécier la discrétion de celui qui est resté pratiquement silencieux pendant toute la campagne. Il n'est sorti de son mutisme que pour réfuter des accusations d'antisémitisme visant son beau-père. Une caution indiscutable. Juif pratiquant, M.  Kushner avait obtenu d'Ivanka Trump qu'elle se convertisse au judaïsme avant de l'épouser.
Issu d'une famille new-yorkaise connue pour ses contributions financières au Parti démocrate (M. Trump avait fait de même jusqu'en  2009), M.  Kushner s'est d'ailleurs pour l'instant presque uniquement signalé par son intérêt pour la question des relations des Etats-Unis avec Israël. Il avait ainsi épaulé M. Trump, peu réputé pour son aisance sur les questions de politique étrangère, pour l'écriture du discours prononcé devant le puissant lobby américain pro-Israël Aipac, en mars  2016.
Devant une partie de la rédaction du New York Times, après l'élection, M.  Trump, " hyperbolique " comme il peut l'être, avait assuré que Jared Kushner disposait d'une connaissance du dossier et de relations qui pourraient lui permettre, selon lui, de parvenir à un règlement du conflit israélo-palestinien. Il n'est pas assuré que la promesse du déplacement dans la partie occidentale de Jérusalem de l'ambassade des Etats-Unis installée jusqu'à présent à Tel-Aviv soit un premier pas encourageant en la matière.
L'influence dont Jared Kushner a su jouer auprès d'un candidat iconoclaste et initialement isolé face à un parti majoritairement hostile ajoute un peu plus de complexité à l'équilibre des pouvoirs qui vont cohabiter à la Maison Blanche. M.  Kushner s'est donné les moyens d'exister grâce à son entente avec M. Bannon comme avec M. Priebus. La campagne a montré que la famille rapprochée y avait joué un rôle essentiel, principalement les trois premiers enfants de M. Trump. Mais c'est bien le mari d'Ivanka qui, parmi eux, jouera le rôle le plus important dans les mois à venir.
G. P.
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