Lettre et chronique

Et si le PS cessait de se mentir ?

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
C'est le charme des campagnes électorales, le temps des promesses qui rendent leur fierté aux militants socialistes. Ecoutons -Arnaud Montebourg, qui proclamait dès septembre sur France 2 : " Il va falloir aller casser un peu de vaisselle à Bruxelles… Ça suffit l'austérité ! " A chaque socialiste son coup de menton –le " Il faut parler franchement à l'Allemagne " de Manuel Valls, ou encore la dénonciation par Benoît -Hamon de " l'accord mortifère " entre les conservateurs et la social-démocratie qui conduit au " désenchantement démocratique en Europe ".
Las, le désenchantement se trouve à chaque fois être… socialiste. Le rêve de changer l'ordre établi, porté par Mitterrand, Jospin, puis Hollande, se transforme en douloureux rappel à la réalité, avec le virage de la rigueur (1983), la signature du traité d'Amsterdam (1997) et la ratification du pacte de stabilité budgétaire européen(2012), intervenu après les déchirures du référendum sur la Constitution européenne (2005). Enonçons donc un vade-mecum à destination des socialistes pour éviter les futures amertumes.
D'abord, assumer le réel. La petite -musique sur la démondialisation laisse croire qu'il existe une voie à la fermeture : elle est illusoire. De même, rien ne sert de se lamenter sur l'élargissement de 2004 qui était une nécessité vitale : sans lui, l'Europe de l'Est serait aujourd'hui une grande Ukraine ; la seule voie qui vaille est de poursuivre le rattrapage économique de ces pays.
Deuxième recommandation, cesser de se discréditer en combattant des chimères. Comment peut-on encore conspuer l'austérité imposée par Bruxelles, alors que la limite de déficit budgétaire (3  % du PIB) n'a jamais été respectée depuis dix ans et donc jamais imposée. Qui peut sérieusement critiquer la BCE, alors que Mario Draghi fait marcher la planche à billets. Enfin, qui peut prétendre que l'Europe est ouverte à tout vent, alors que la zone euro dispose d'un excédent extérieur de… 350  milliards d'euros ?Berlin, seul partenaire
Troisième exigence, ne pas se mentir sur ce que l'on souhaite. Les Français répètent en chœur gouvernement économique et Europe sociale. Mais ils omettent le sous-texte : à condition que la France décide seule en dernier ressort. Un parlement de la zone euro est une idée louable, mais qui est prêt à voir les décisions budgétaires de la zone euro prises à la majorité ? L'affaire est encore plus sensible en matière sociale où la France fait figure de contre-modèle.
Ici vient la quatrième nécessité, être lucide sur soi-même pour ne pas se disqualifier vis-à-vis d'autrui. On peut difficilement faire la leçon quand on est champion des dépenses publiques et frappé d'un chômage endémique. Cela n'empêche pas d'avoir raison sur la nécessaire harmonisation de la fiscalité ou une protection sociale minimale. La crise de 2008 et la montée des émergents a changé la donne. Mais proposer un revenu minimal, comme le font Valls et Hamon, équivalent jusqu'à 60  % du salaire médian, est maladroit : ce chiffre, qui correspond à la réalité française, est parmi les plus élevés d'Europe et néfaste pour l'emploi. A ce -niveau, nul n'achètera l'idée.
Enfin, la gauche ne doit pas céder aux sirènes de l'Europe rose et de l'Europe latine. L'Europe rose a failli à la fin du siècle dernier, Lionel Jospin étant incapable de s'entendre avec les apôtres de la troisième voie, Blair et Schröder. François Hollande, lui, chercha à coaliser sans succès l'Europe du Sud. L'affaire est impossible et surtout un non-sens stratégique : l'Europe est faite pour rapprocher la France de son trop puisant voisin, l'Allemagne.
Le seul partenaire, c'est donc Berlin. Pis, l'alliance avec les chrétiens-démocrates d'Angela Merkel est naturellement plus facile qu'avec les sociaux-démocrates (SPD), plus germanocentrés. L'Elysée l'a encore expérimenté à l'automne : l'Europe de la défense n'a pu être relancée que parce qu'Angela Merkel a imposé ses vues à ses ministres SPD, Frank-Walter Steinmeier (affaires étrangères) et Sigmar Gabriel (économie). Enfin, pour y parvenir, il faut sortir du jeu perdant-perdant dans lequel se complaisent Paris et Berlin. Les Français dénoncent les défauts de leurs partenaires allemands (excédent commercial destructeur, lâcheté en politique étrangère, cavalier seul systématique) pour cacher leurs turpitudes – absence de réformes, refus de toute supranationalité, médiocrité conceptuelle. Et, pour regagner la confiance de l'autre, chacun doit, si l'on peut oser ce paradoxe, faire le premier pas.
par Arnaud Leparmentier
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