Le Monde Education

Lycéens des villes, lycéens des champs

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
En apparence, rien ne distingue les lycées Descartes et Jean-Brito, hormis les quarante kilomètres de quatre-voies qui séparent Rennes de Bain-de-Bretagne. Environ 1 000 élèves chacun, dont 11  % de boursiers et un quart d'enfants de cadres supérieurs et enseignants. Tous deux affichent des résultats au bac supérieurs à la moyenne académique (97 %). Et pourtant, leurs élèves se projettent très différemment dans l'avenir.
En ce jour de forum Orientation au lycée Jean-Brito, à Bain-de-Bretagne, Elsa Gauthier, en première  ES, s'interroge : " Je ne sais pas ce que je veux faire. J'aime bien le social. Je vise un bac + 2 ou 3, après on verra. " A ses côtés, -Meggie Monnerie, en première ES aussi, n'est guère plus avancée : " Je n'ai pas de projet défini. Pourquoi pas un BTS ? " " Nos élèves manquent d'ambition. C'est un vrai souci ", -lâche Didier Sicard, le proviseur.
Pour preuve, à peine 9  % des terminales  S ont mis en premier vœu APB, en  2016, une formation d'ingénieur, quand ils étaient 15  % à Descartes. Et moins de 4  % ont fait le choix d'une classe préparatoire, contre environ 10 % dans les lycéens rennais. " Pourtant nous avons de très bons élèves ", souligne le proviseur.
A l'autre bout de la quatre-voies, Patricia Guiguen, conseillère d'orientation-psychologue, dresse un tout autre portrait des lycéens de Descartes : " Ils voient loin. La plupart ont envie de faire des études longues qui offrent des débouchés. " Héloïse Lelu, en terminale  ES, fait partie de ces élèves. Son objectif : intégrer une école d'architecture. " Longtemps, je me suis imaginée décoratrice d'intérieur, mais j'ai finalement bifurqué sur archi, c'est plus ouvert. " Nicolas Braneyre, professeur de physique-chimie, constate : " Les élèves sont ambitieux. En S, beaucoup aimeraient faire médecine ou une classe préparatoire intégrée. "
Pourquoi des lycéens aux profils comparables se projettent-ils de façons si différentes dans les études supérieures ? " Choisir de poursuivre des études suppose de s'y préparer et de connaître ce qui existe. Or, pour les élèves de Jean-Brito, s'informer peut être compliqué ", analyse Didier Sicard. -Conséquence : " Seuls les plus -motivés, généralement ceux qui ont un projet ou des parents conscients de l'enjeu, font l'effort de se rendre aux journées portes ouvertes, regrette la conseillère d'orientation-psychologue Laurianne -Jolys.Pour les autres, soit un tiers des élèves du lycée, les choix se font à partir d'une représentation souvent étroite et erronée de ce que sont les filières de l'enseignement supérieur. " C'est donc à nous " d'élargir les perspectives et de susciter l'envie ", pointe le proviseur.
Les lycéens rennais, eux, ont le sentiment d'être bien informés, " parfois trop ", souligne Kilian Auguste en terminale ES. Les écoles et universités sont facilement accessibles. " En ville, nous rencontrons des étudiants qui viennent de partout. Discuter avec eux est très enrichissant ", témoigne Donatien Mourrey, en terminale L. Une fois son bac en poche, le jeune homme envisage une classe préparatoire littéraire ou un IEP. Emily Rivalin, en terminale L, a, quant à elle, déjà pris ses quartiers à la bibliothèque universitaire de Rennes-II, où elle révise : " J'adore l'ambiance. Il ne me reste qu'à convaincre mes parents de m'inscrire en licence d'anglais. "
De leur côté, les élèves de Brito ne sont pas pressés de rejoindre la ville étudiante et encore moins de quitter la Bretagne. " Ce qui nous stresse le plus dans les études supérieures, c'est de devoir partir et se séparer de nos amis. On prend le car ensemble tous les matins pour aller à l'école depuis tout petits ", rigole un groupe d'élèves de terminale  S, sortis, le temps de la pause déjeuner, profiter du soleil d'automne.
Didier Sicard analyse : " Nos élèves sont habitués à un environnement très sécurisant. Ils ont été protégés et maternés, cela ne les prépare pas idéalement à l'avenir. " Elodie Petitjean, professeure de lettres modernes à Brito, d'ajouter : " Pour certains parents et même des jeunes, la ville fait peur. Quand ils sont obligés d'y -aller, ils privilégient les structures dans lesquelles ils sont encadrés comme les sections de techniciens supérieurs (STS) et instituts universitaires de technologie (IUT). "
Ainsi, un quart des élèves d'ES ont demandé un IUT en  2016, contre 15  % à Descartes. Isabelle Pourchet, professeure d'histoire-géographie, nuance : " Nous avons aussi des élèves qui ont de grands projets. " En témoigne Titouan Bodeveix, en première ES : " Je ne sais pas encore ce que je veux faire mais ce qui est sûr, c'est que je compte bien aller voir ce qui se passe dans le monde. "
Isabelle Dautresme
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir