France

Les règles sur les médicaments contenant des stupéfiants en partie appliquées au Stilnox

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
Dans quatre-vingt-dix jours, les médecins vont devoir expliquer à une foule d'insomniaques mécontents qu'un somnifère largement répandu en France, le zolpidem, plus connu sous le nom de Stilnox (commercialisé par Sanofi-Aventis), devra être prescrit selon des règles sanitaires plus strictes. Selon un arrêté du ministère de la santé du 7  janvier, publié mardi 10  janvier au Journal officiel, il lui sera appliqué pour partie la réglementation sur les stupéfiants. La décision est justifiée par le " risque de pharmacodépendance, d'abus et d'usage détourné ". Les Français sont parmi les plus gros consommateurs européens de somnifères : en  2014, 4  millions en prenaient, selon la Haute Autorité de santé.
A partir d'avril, " les ordonnances seront désormais sécurisées, comme pour les produits stupéfiants ", précise Isabelle Adenot, présidente de l'ordre national des pharmaciens, en référence par exemple à la morphine. Ces ordonnances d'un genre particulier, imprimées sur un papier en filigrane, plus difficile à falsifier et photocopier, impose d'écrire en toutes lettres le nombre de comprimés et de prises prescrits et comporte un encadré pour confirmer ce nombre exact. L'idée est aussi de limiter " l'errance médicale ", autrement dit les patients qui consultent différents médecins et multiplient les ordonnances pour avoir plus de boîtes.
Le Stilnox et ses génériques, destinés à soigner les insomnies lourdes ne seront cependant pas mis sous clé en pharmacie, comme les médicaments stupéfiants. Il n'est pas réellement considéré comme tel, seule une partie de la législation sur les produits stupéfiants lui sera donc appliquée.
L'objectif des autorités sanitaires est de limiter la consommation abusive. L'Agence nationale de sécurité du médicament estime qu'en  2012, 22  millions de boîtes de zolpidem ont été vendues en France. Une consommation très importante, qui s'explique par une multiplication de ses usages détournés. Loin d'être limité aux toxicomanes, le phénomène touche des personnes bien insérées dans la société. Le docteur William Lowenstein, président de SOS addictions, évoque le cas d'une avocate qui prenait une quinzaine de pilules par jour, pendant ses heures de travail, pour " profiter du côté dopant " du produit.
Le zolpidem fait encourir aux patients un important risque de dépendance. " Des personnes se sont retrouvées accros malgré elles ", explique le Dr Lowenstein. De tels consommateurs auraient " souvent un trouble anxieux ou dépressif sous-jacent ", ajoute le Dr Xavier Aknine, addictologue au centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie de Tolbiac, à Paris. Ils sont attirés par les effets relaxants, et paradoxalement dopants, du produit.Dangerosité
Ce médicament est aussi utilisé par les usagers réguliers de drogue, qui se l'injectent mélangé à de l'eau ou le sniffent. Les toxicomanes coupent parfois l'héroïne avec du zolpidem, pour amortir l'inconfort de la descente.
Isabelle Adenot comprend mal cette décision sanitaire. Elle aimerait la voir étendue à tous les médicaments hypnotiques de la même famille que le Stilnox, les benzodiazépines. Certains d'entre eux ont déjà fait l'objet d'une classification comme produits " assimilés stupéfiants ", notamment le Rohypnol ou le Tranxène. " Moins les Français prendront ce type de médicaments mieux ils se porteront ", affirme-t-elle, en soulignant la dangerosité de ce type de médicaments, surtout pour les personnes âgées.
A l'Agence nationale de sécurité du médicament, on tient à dissocier le Stilnox du reste des benzodiapézines hypnotiques. La majorité des abus des pratiques récréatives détournées seraient spécifiques au zolpidem, surtout pour ce qui est de l'injection intraveineuse. Pas question, donc, de classer tous les autres benzodiapézines comme " assimilés stupéfiants ", à l'instar du Stilnox.
Benoit Collet
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir