France

A Berlin, Macron se pose en champion de l'Europe

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
Sans doute parce qu'il est de tradition que le chancelier allemand soit le premier chef de gouvernement étranger que rencontre un président français tout juste élu, Berlin est une étape quasi obligée de tout prétendant sérieux à l'Elysée durant sa campagne. En décembre  2011, François Hollande s'y était rendu, un mois et demi après avoir remporté la primaire socialiste.
Cette année, Emmanuel Macron est le premier à avoir sacrifié à ce rituel, mardi  10 et mercredi 11  janvier. Un déplacement coïncidant avec celui du député de l'Eure (Les Républicains) Bruno Le  Maire, venu lui aussi passer deux jours dans la capitale allemande afin d'y organiser la visite de François Fillon, prévue lundi 23  janvier…
Pourquoi Berlin ? D'abord pour polir cette fameuse " stature présidentielle " dont a besoin un candidat pour crédibiliser son ambition. Encore faut-il que le programme soit à la hauteur. Mardi, à la tombée de la nuit, M.  Macron est ainsi venu déposer un -bouquet de roses blanches à Breitscheidplatz, là même où un camion a tué douze personnes et en a blessé une cinquantaine, le 19  décembre 2016." Force prœuropéenne "
Mercredi, il devait rencontrer Sigmar Gabriel, ministre de l'économie, et Martin Schulz, président du Parlement européen, les deux candidats les plus probables du Parti social-démocrate (SPD) au poste de chancelier à l'occasion des législatives de septembre. Se faire photographier sur les lieux d'un attentat, avoir rendez-vous avec de hauts responsables politiques étrangers : une sorte de visite officielle avant l'heure…
Mais aller à Berlin, c'est aussi l'occasion, pour un candidat à la présidentielle, d'évoquer deux sujets qui sont au cœur de tout mandat d'un chef d'Etat français : l'Europe et la relation à l'Allemagne.
De ce point de vue, M.  Macron a clairement choisi de se distinguer de la plupart de ses adversaires. Premièrement, en définissant son mouvement, En marche !, comme " la seule force politique prœuropéenne " dans une France où il est de bon ton d'accuser l'Europe de tous les maux et de considérer le cadre national comme le seul horizon du salut. On se souvient des -drapeaux européens brandis par ses partisans lors de son meeting à la porte de Versailles, à Paris, le 10  décembre 2016.
A Berlin, il n'a cessé de le répéter : pour lui, raisonner dans un cadre " franco-français " n'a plus de sens. " Il n'y a qu'au niveau européen qu'on créera des champions. On peut faire un Google européen, mais un Google français n'existera jamais ", a-t-il affirmé, mardi soir, devant les 800  personnes venues l'écouter à l'université Humboldt, avant de se poser en partisan d'une " Europe de la souveraineté " impliquant la mise en place d'une " politique commune " en matière commerciale, numérique, environnementale et de défense, ainsi que l'élaboration d'un -" budget de la zone euro ".Discours syncrétique
Un discours prononcé en anglais et applaudi par les écologistes -Daniel Cohn-Bendit et Joschka Fischer. " Macron a raison de dire que si on veut s'en sortir, cela ne peut passer que par l'Europe ", a estimé l'ancien eurodéputé écologiste. " Entendre une voix si forte en faveur de l'Europe, c'est si rare aujourd'hui ", s'est réjoui, quant à lui, l'ancien ministre des affaires étrangères de Gerhard Schröder (1998-2005), auquel l'ex-ministre français de l'économie a rendu hommage à plusieurs reprises pendant son discours.
Vis-à-vis de l'Allemagne, M.  Macron s'est également évertué à clarifier sa position. Le candidat à la présidentielle a salué " l'action remarquable de la chancelière dans la crise des réfugiés ". Mais il a critiqué l'obsession de Berlin pour la " surconsolidation budgétaire " et plaidé pour une " politique de relance par l'investissement " – tout en admettant qu'un tel appel ne peut être entendu outre-Rhin que si la France se -décide à mettre en œuvre des -" réformes sérieuses ".
Un discours syncrétique témoignant d'une certaine habileté politique : en Allemagne, Mme  Merkel comme les dirigeants du SPD peuvent s'y retrouver ; en France, des électeurs de différents horizons sont susceptibles de s'y -reconnaître.
Thomas Wieder
Jean Pisani-Ferry rejoint Macron
Commissaire général de France Stratégie, l'organisme chargé de conseiller le gouvernement sur les grandes orientations, l'économiste Jean Pisani-Ferry a décidé de rejoindre l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron, dont il va devenir le " responsable du programme et des idées ". " L'ambition transformatrice que porte Emmanuel Macron m'apparaît à la hauteur des défis auxquels nous sommes confrontés ", justifie M. Pisani-Ferry. La journaliste Laurence Haïm, correspondante de Canal+ et d'iTélé à Washington, va également devenir l'une des porte-parole de M. Macron, tandis que l'ex-président de TNS-Sofres Denis Delmas va s'occuper de la veille de l'opinion.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir