France

Le vrai enjeu de la primaire

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
François Hollande l'a dit le week-end dernier, lors de ses vœux aux Corréziens : c'est parce qu'il n'a pas obtenu le rassemblement de la gauche qu'il a renoncé à se représenter. Le président sortant estime que la gauche n'a aucune chance de se qualifier pour le second tour de la présidentielle si elle ne parvient pas à se rassembler. Manuel Valls, qui a pris le relais de François Hollande dans la course à la primaire, tient exactement le même raisonnement : pas de victoire possible sans union.
C'est pourquoi l'ancien premier ministre a démarré la campagne de la primaire sur le thème du rassemblement, lui qui, naguère, aimait tant planter des banderilles dans les certitudes de ses amis. Et tant pis si sa justification est un peu courte : " J'ai changé " ! L'invocation de l'union n'est en réalité guère surprenante. C'est un réflexe quasi pavlovien chez les socialistes. Dès que la maison brûle, l'union est invoquée, appelant aussitôt la synthèse qui permettra de la sceller. Pas sûr cependant que ce soit le bon choix.Quadripartisme
Au vu de ce qui s'est passé durant le quinquennat qui s'achève, on peut plaider que François Hollande a été la grande victime de la synthèse qu'il avait bâtie pour tenter de rassembler la gauche. A peine élu, l'ancien premier secrétaire du PS a été accusé de trahison par ceux auxquels il avait promis la renégociation du traité budgétaire ou encore la taxe à 75  % sur les plus hauts revenus. Avec la politique de l'offre, le soupçon s'est renforcé sans que jamais le chef de l'Etat crève l'abcès car la clarification idéologique aurait, à ses yeux, menacé le rassemblement.
Le résultat est que François Hollande a perdu sur les deux tableaux. Son camp s'est progressivement détaché de lui, morceau après morceau : communistes, Verts, frondeurs, et la grande majorité des Français l'ont lâché faute d'avoir compris où il voulait les emmener. Que Manuel Valls suive aujourd'hui le même chemin est d'autant plus surprenant que son caractère ne le porte pas à la synthèse.
En outre, ses amis ont été les premiers à théoriser la nouvelle donne politique engendrée par le poids électoral du Front national. La France n'est plus dans le bipartisme mais dans le tripartisme, ce qui a pour conséquence de relativiser l'importance du clivage gauche-droite et d'autoriser d'autres combinaisons comme, par exemple, le rassemblement des progressistes. Si l'on ajoute le poids de Jean-Luc Mélenchon dans les -sondages actuels, on peut même plaider que le pays est entré dans l'ère du quadripartisme, ce qui rebat singulièrement les cartes.
Simplement Manuel Valls n'avait pas le choix. A partir du moment où Emmanuel Macron avait choisi de faire cavalier seul et de concourir à la présidentielle par-dessus les partis, lui ne pouvait que passer par la case primaire pour s'arrimer à un camp et cela l'a conduit à se couler sans discussion possible dans le moule hollandais. L'ancien premier ministre était d'autant plus piégé que la primaire de La Belle Alliance populaire avait été conçue sur mesure pour le président sortant : trois semaines à peine de campagne pour tenter de sceller autour de lui le rassemblement.
On assiste donc à un phénomène totalement inédit où Manuel Valls, obligé de singer François Hollande, n'est pas seulement en compétition avec les six challengers qui concourent à la primaire. Il l'est aussi avec un franc-tireur, Emmanuel Macron, qui tirant les leçons du quinquennat finissant, prétend construire le renouveau progressiste sur une mise à mort de la synthèse socialiste. Le vrai enjeu de la primaire est là.
par françoise fressoz
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir