International

L'Australie et le Timor oriental renégocient leur frontière maritime

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
L'Australie et son voisin le Timor oriental sont peut-être en passe de tourner la page de leurs différends. Après plus de dix ans de contentieux sur leur frontière maritime, les deux pays ont annoncé, lundi 9  janvier, l'annulation d'un traité controversé. Le Timor oriental demandait depuis plusieurs années le retrait du traité bilatéral appelé " Certain Maritime Arrangements in the Timor Sea " (CMATS), signé en  2006. L'Australie refusait d'y renoncer jusqu'à cet accord surprise.
L'enjeu est considérable : il y a, dans la mer de Timor qui sépare les deux Etats, d'immenses réserves de gaz et de pétrole. La valeur du gisement de Greater Sunrise, inexploité, atteindrait jusqu'à 40  milliards de dollars australiens (27,7  milliards d'euros). Ces ressources sont très précieuses pour le Timor oriental, l'un des Etats les plus pauvres du monde, qui est aussi l'un des plus jeunes.
Quelques jours après avoir -obtenu son indépendance du Portugal, en  1975, il a été envahi par l'Indonésie. Entre 100 000  et 200 000 personnes seraient mortes pendant cette occupation. L'indépendance a finalement été proclamée en  2002. Ce pays d'un peu plus d'un million d'habitants est le deuxième le plus dépendant des revenus des hydrocarbures dans le monde, selon les Nations unies.Frontière temporaire
Le traité contesté par le Timor oriental définissait une frontière temporaire, valable cinquante ans, entre les deux pays, et prévoyait de partager en deux parts égales les revenus tirés du gaz et du pétrole de Greater Sunrise. Ce gisement se trouve à 150 kilomètres au sud-est du Timor oriental et à 450 kilomètres au nord-ouest de la ville australienne de Darwin.
Les autorités de Dili, capitale du Timor oriental, jugeaient l'accord injuste, car négocié au lendemain de l'indépendance alors que le pays avait un besoin urgent de ressources. Le Timor oriental reprochait à l'Australie d'avoir imposé ses conditions. Les relations bilatérales ont été au plus bas quand Dili a accusé Canberra d'avoir espionné ses négociateurs. Des manifestations contre l'Australie ont rassemblé des milliers de personnes en  2016 dans la capitale. Le pays a d'ailleurs saisi la Cour permanente d'arbitrage de La  Haye.
Dans leur communiqué commun, Canberra et Dili s'engagent finalement à négocier de nouvelles frontières maritimes permanentes et reconnaissent l'importance d'" apporter de la stabilité " aux compagnies pétrolières ayant des intérêts dans la mer de Timor. L'Australie a fini par accepter d'enterrer le CMATS, car ce traité était devenu " intenable ", selon Rebecca Strating, spé-cialiste de l'Indonésie et du Timor oriental à l'université La Trobe, à Melbourne. Le document a " échoué dans son tout premier objectif " : permettre le développement de Greater Sunrise.
Trouver un compromis concernant la frontière reste cependant ardu. Le Timor oriental souhaite qu'elle soit tracée à équidistance des deux pays, ce qui lui per-mettrait d'avoir sur son territoire la plus grande partie de Greater Sunrise. Pour l'Australie, la frontière devrait être plus près des côtes du Timor, ce qui, bien sûr, lui donnerait le contrôle du gisement. Si l'annulation a été applaudie par des spécialistes de la région, les négociations, cependant, s'annoncent longues.
Caroline Taïx
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir