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La FIFA fait le choix d'un Mondial élargi

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
La Coupe du monde, c'est la poule aux œufs d'or. " C'est ainsi que l'ex-président suisse de la Fédération internationale de football (1998-2016), Sepp Blatter, avait coutume de qualifier la compétition phare de l'instance planétaire, programmée tous les quatre ans depuis sa création en  1930. Assise sur une réserve financière de 1,3  milliard de dollars (1,2  milliard d'euros) en  2016, la FIFA ne tire-t-elle pas 80  % de ses revenus du Mondial, dont la dernière édition, organisée en  2014 par le Brésil, avait généré un chiffre d'affaires de 4,8  milliards de dollars ? Mardi 10  janvier, les 33 membres du " conseil " de la Fédération ont décidé " à l'unanimité " d'élargir le format du très lucratif tournoi. A dater de l'édition 2026, la Coupe du monde réunira 48 équipes, contre 32 actuellement.
Les pays participant au Mondial seront répartis dans " seize groupes de trois ". A l'issue de ce premier tour, les 32 sélections qualifiées s'affronteront lors d'une phase à élimination directe. Cette réforme fait écho à l'élargissement du championnat d'Europe de 16 à 24 équipes décidé par l'UEFA, qui a enregistré un chiffre d'affaires de 2  milliards d'euros au terme de l'Euro 2016, organisé en France. " Nous devons dessiner la Coupe du monde du XXIe  siècle. Le football ne se limite pas à l'Europe et à l'Amérique latine ", a déclaré le nouveau président de la FIFA, le Suisse Gianni Infantino, architecte de la réforme. Avant son élection, en février  2016, l'ex-secrétaire général de l'UEFA avait pourtant plaidé pour un Mondial élargi à 40 équipes avant de proposer, en octobre, une formule à 48 avec un match de barrage entre les 32 pays les moins bien classés.
En ouvrant l'accès à la compétition à près du quart des 211 pays membres de la FIFA, M.  Infantino n'est pas dénué d'arrière-pensées électoralistes dans l'optique du prochain scrutin présidentiel, programmé en mai  2019. Outre sa portée politique, cette réforme a pour objectif de gonfler les revenus de la Fédération, qui a enregistré, pour la première fois depuis 2002, une perte historique de 122  millions de dollars au sortir d'une année 2015 ponctuée par les scandales de corruption.
Avant que cet élargissement du Mondial ne soit entériné, la FIFA a fait circuler un rapport dans lequel elle estime que la formule élargie du Mondial lui permettrait de gagner 640  millions de dollars supplémentaires (pour des revenus nets de 4,1  milliards de dollars) par rapport aux prévisions relatives à l'édition 2018 (3,5  milliards de dollars), organisée en Russie. Les revenus des droits de télévision progresseraient de 505  millions de dollars et ceux du marketing de 370  millions de dollars. L'augmentation du nombre de matchs (80 contre 64) induirait une hausse des coûts de 320  millions de dollars.Des sponsors sur le départ
Premier acte fort du règne d'Infantino, cet élargissement du tournoi est décidé alors que le nouveau patron du football mondial a promis de distribuer 4  milliards de dollars aux 211 associations membres d'ici à 2026. " Il n'est pas capable d'offrir de l'argent avec la structure actuelle du Mondial. Plus de matchs signifie plus d'argent ", souffle, sous couvert d'anonymat, un ex-cadre de la FIFA.
Cette réforme intervient aussi alors que la Fédération a annoncé le départ de plusieurs de ses sponsors (Sony, Emirates, Continental, Castrol) lors de l'exercice 2014-2015. Chaque année, la FIFA perçoit 350  millions de dollars de ses partenaires commerciaux. Soucieuse de redorer son image, l'instance peut toutefois s'appuyer sur des contrats solides (avec notamment Coca-Cola, Gazprom) scellés dans l'optique du Mondial de 2018, et de celui de 2022, exceptionnellement organisé en hiver au Qatar. Les deux dernières éditions à 32 équipes.
Rémi Dupré
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir