Le Monde Education

Orientation : la carte et le territoire

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
Cette année, le top départ sera donné le 20  janvier : les élèves de terminale commenceront à saisir leurs vœux d'orientation sur la plate-forme Admission post-bac (APB), passage désormais quasi obligé pour s'inscrire dans l'enseignement supérieur. Mais, derrière les quelques clics qui leur ouvriront – ou non – les portes du cursus choisi, leur choix aura été travaillé par des années de représentations et de stéréotypes, indémêlable stratification d'arguments de raison et d'émotions, d'ethos -familial, social, géographique…
Même les frontières symboliques les plus apparentes ne suffisent pas toujours à expliquer pourquoi un jeune – et sa famille, et ses enseignants – préférera des études techniques courtes à une classe préparatoire aux grandes écoles, une filière universitaire quasi gratuite à une école de commerce privée à 8 000  euros l'an.
Ce sont ces frontières qu'explore ce supplément du Monde. Il montre que la présence, près de chez soi, d'une bretelle d'autoroute suffit parfois à déterminer les choix aussi sûrement que l'obtention d'une mention au bac. Qu'emprunter l'ascenseur scolaire et -social ne va pas de soi. Que quarante kilomètres de quatre-voies rapidement avalés dans une région -scolairement réputée, la Bretagne, peuvent être équivalents à des années-lumière en termes de représentation de l'avenir. Que les leviers permettant à des jeunes de s'imaginer un futur qui contredit la sociologie ont peu à voir avec le niveau scolaire et tout à voir avec la confiance en soi, le savoir-être et pas seulement les savoirs et les savoir-faire. Que bien des enseignants sont pleinement conscients des stéréotypes qu'ils colportent, faute d'une formation au conseil en orientation digne de ce nom, et qu'ils en souffrent.
La bonne nouvelle est que les mutations que traverse le monde du travail rebattent les cartes. Le paysage de l'enseignement supérieur, pour l'essentiel, en a pris acte. Confrontée à la concurrence avec des -algorithmes toujours plus puissants, la pédagogie -exclusivement fondée sur la mémorisation et la répétition fait une place croissante à la créativité, au travail collectif, à l'ouverture internationale, etc.
Encore faut-il que les élèves aient l'envie et l'idée -d'investir ces territoires nouveaux. Elles ne s'épanouissent pas par miracle et comportent un préalable : sortir de l'approche mécaniste et " adéquationniste " de l'orientation, qui prétend poser une rationalité scolaire des choix quand ils sont le fruit de constructions mentales complexes. Un travail qui procède de la psychologie, voire de la psychanalyse, collective, et qui engage non seulement les professionnels de l'éducation mais l'ensemble du corps social.
Emmanuel Davidenkoff
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir