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Le sombre diagnostic de la Banque mondiale

Le Mondejeudi 12 janvier 2017
Risque politique aigu. Commerce mondial en capilotade. Panne de l'investissement. Ce triptyque néfaste continue de hanter les prévisionnistes après une année 2016 très médiocre sur le front de l'économie mondiale. Première grande institution à ouvrir le bal des pronostics, mardi 10  janvier, la Banque mondiale (BM) a esquissé pour 2017 une reprise sans tonus. Et soumise à des aléas toujours plus nombreux.
L'an dernier, le produit intérieur brut (PIB) mondial a enregistré sa plus mauvaise performance depuis la fin de la crise financière, avec une progression de 2,3  %. Cette année, la croissance globale devrait légèrement accélérer, à + 2,7  %. Rien qui traduise toutefois un élan généralisé. " Cette amélioration s'explique surtout par la sortie de récession de grosses économies émergentes comme le Brésil ou la Russie ", explique l'auteure principale du rapport, Franziska Ohnsorge.Incertitudes
Avec la remontée des prix des matières premières, les perspectives s'améliorent pour les pays émergents et en développement. Pour la première fois depuis quatre ans, ils devraient contribuer à hauteur de 60  % au PIB mondial, avec une croissance estimée à 4,2  % en  2017 (contre 3,4  % en 2016). Pour autant, " leurs perspectives de long terme sont brouillées par un certain nombre d'éléments ", met en garde la BM, comme le flou régnant sur l'évolution du commerce mondial et l'orientation politique au sein des pays riches.
De l'incertitude, donc. S'il est un mot-clé dans le diagnostic formulé par l'institution basée à Washington, c'est bien celui-ci. " Au plan politique, celle-ci n'a jamais été aussi élevée ", insiste Mme Ohnsorge. Incertitude en Europe où les conséquences du Brexit (la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne) restent difficiles à appréhender et où plusieurs scrutins clés – en France, en Allemagne – doivent avoir lieu en  2017. Incertitudes aussi aux Etats-Unis sur la direction empruntée par le président élu Donald Trump après son installation à la Maison Blanche le 20  janvier.
La Banque mondiale prend acte du bon accueil réservé par les marchés financiers au vainqueur républicain. Son plan de baisses d'impôts et de relance de l'investissement pourrait profiter à l'économie américaine et, par ricochet, à la croissance mondiale, estime-t-elle encore. Mais rien ne permet de l'affirmer. Ces promesses sont si peu détaillées que la Banque ne les a pas intégrées dans le calcul de ses prévisions (+ 2,2  % pour les Etats-Unis en  2017). Et les menaces de guerre commerciale proférées par M. Trump risquent de " saper " tout autre bénéfice.
Ces contingences multiples sont susceptibles de faire dérailler une croissance déjà modeste. Les risques ? Un regain de mesures protectionnistes nuisible à des échanges commerciaux déjà très affaiblis, alors que " l'appétit pour une plus grande libéralisation des échanges diminue ". Mais aussi un nouvel accès de nervosité sur les marchés financiers au moment où les grandes banques centrales réfléchissent au dosage de leurs politiques anticrise.
Ces dernières semaines, les conditions de financement ont commencé à se durcir pour les pays émergents. La hausse du dollar et la remontée des taux d'intérêt américains, dans le sillage de l'élection de M. Trump et du resserrement monétaire initié par la Réserve fédérale américaine en décembre  2016, ont pesé sur les flux de capitaux à destination de ces régions.
Acteur phare du développement économique et de la lutte contre la pauvreté, la Banque mondiale souligne également qu'" un choc de confiance dans les grands pays avancés (…) pourrait encore réduire la croissance des investissements dans les pays émergents et en développement ". Ce point préoccupe les économistes de la BM : dans un chapitre spécialement consacré au sujet, elle note que cette croissance est déjà tombée de 10  % en  2010 à 3,4  % en  2015. Une décélération particulièrement prononcée chez les émergents les plus importants, les fameux BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).
Pour l'année passée, les statistiques définitives manquent encore mais la tendance est à l'avenant. Or les besoins en investissements restent largement " insatisfaits " dans ces économies, qui rassemblent les trois quarts de la population mondiale, mais aussi les trois quarts des habitants les plus pauvres du globe.
" Maintenant, il est temps (…) d'accroître les investissements dans les infrastructures et les populations, a exhorté en préambule du rapport le président de l'institution, Jim Yong Kim. Cela est vital pour accélérer la croissance soutenable et inclusive nécessaire à l'éradication de l'extrême pauvreté. " Un objectif que s'est assigné la Banque mondiale à l'horizon 2030.
Marie de Vergès
Contexte
Deux méthodes de calcul
Dans ses prévisions d'octobre 2016, le Fonds monétaire international (FMI) pronostiquait une hausse du produit intérieur brut (PIB) mondial de 3,4 % en 2017. L'important écart avec les chiffres de la Banque mondiale ne vient pas d'un soudain accès de pessimisme, mais d'une différence de méthode. La Banque mondiale additionne les PIB de chaque pays convertis en dollars selon les taux de change observés sur le marché. Pour mieux prendre en compte les différences de niveau de vie, le FMI s'appuie, lui, sur le principe de " parité de pouvoir d'achat " pour calculer les taux de change. Le poids des émergents est ainsi renforcé, de même que la croissance mondiale.
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Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir