Spectacles-TV

« Un grand film sur l’esclavage »

« The Birth of a Nation » Abd Al Malik double le premier rôle de ce film américain sur une rébellion d’esclaves noirs, inspiré d’une histoire vraie.

Le ParisienCatherine Balle
Il double Nat Turner, le personnage principal de « The Birth of a Nation » de Nate Parker (qui interprète également ce premier rôle), film choc sur l’esclavage, tiré d’une histoire vraie. Rappeur, écrivain et réalisateur, Abd Al Malik, 41 ans, nous explique pourquoi il a « une connexion exceptionnelle avec ce film ».
Pourquoi avez-vous accepté de doubler Nat Turner ?
ABD AL MALIK. La Fox, qui produit le film, m’a contacté avant l’été. Moi, j’y allais à reculons parce que j’avais peur que ce soit un long-métrage qui victimise les victimes. Et puis j’ai vu « The Birth of a Nation » et j’ai reçu une gifle énorme. Ce drame parle d’aujourd’hui et met en scène non pas des gentils Noirs et des méchants Blancs, mais des êtres complexes qui vivent dans une société où d’entrée les choses sont biaisées. Surtout, j’ai vu un grand film sur l’esclavage, interprété de manière bouleversante, avec des idées brillantes de mise en scène, et qui permet le débat. Le doublage a été un prétexte pour défendre le film.
Qu’est-ce qui fait que, selon vous, « The Birth of a Nation » est si actuel ?
Ce film parle de l’instrumentalisation de la religion. On y voit des esclavagistes utiliser la Bible pour justifier l’esclavage, puis Nat Turner utiliser le même texte pour légitimer l’insurrection. Aujourd’hui, les radicalisés ont le sentiment de livrer un combat qui est juste parce qu’on fait dire n’importe quoi aux textes religieux. Par ailleurs, à l’heure de Trump, alors que l’Europe est confrontée à la crise des migrants, ce film fait écho à l’actualité parce qu’il est question de racialisation et d’ouverture. « Birth of a Nation » parle de mes combats en tant qu’artiste et en tant qu’être humain.
Comment avez-vous travaillé sur le film ?
Je suis allé rencontrer Nate Parker à Los Angeles. On s’est retrouvés sur nos goûts cinématographiques et sur l’idée qu’on a du cinéma : pour nous, le cinéma est un art qui doit s’inspirer du réel, mais surtout inspirer le réel. Après, le doublage a duré une dizaine de jours. J’ai appris énormément de choses sur la manière de gérer le spectre de ma voix et son émotion.
Le film montre un héros très violent. Vous qui avez un discours très pacifiste, est-ce que vous avez envie de dénoncer ce recours à la violence ?
Le film raconte des faits historiques : je n’ai pas à être « pour » ou « contre ». Il montre qu’une société injuste ne peut que générer de l’injustice, que l’horreur ne peut que générer l’horreur. Comme je suis un fervent militant de la paix, « The Birth of a Nation » constitue un prétexte magnifique à la réflexion et à la discussion.
Aux Etats-Unis, le drame a perdu beaucoup de chances d’être présenté aux Oscars après que la presse a révélé que Nate Parker avait été accusé du viol d’une étudiante en 1999…
Je suis de ceux qui vont voir les films de Polanski et qui lisent Céline. Il faut dissocier l’œuvre de l’artiste qui la signe. D’ailleurs, j’ai dit à Nat, ta vie, c’est ta vie, mais l’œuvre dépasse l’artiste.
LireLactu
Parcourir
Rechercher

Sources
Challenges
Courrier international
EL PAÍS
L'Humanité
La Croix
La Vanguardia
Le Figaro
Le Monde
Le Parisien
Les Echos
Libération
NY Daily News
Sciences et Avenir